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Les fidèles réduits à une poignée ? Réfutation d’une citation erronée faussement attribuée à Saint Athanase

Introduction

Nous traiterons ici d’une citation attribuée à Saint Athanase, qui circule beaucoup sur Internet, notamment sur des sites schismatiques, c’est-à-dire dont les auteurs refusent de reconnaître l’Autorité de la hiérarchie catholique actuelle ou même sa légitimité. Par exemple, le site officiel de la FSSPX aux Etats-Unis inclut cette citation dans la Lettre de St Athanase aux fidèles d’Alexandrie, au cours de la crise arienne :

« Que Dieu vous console !… Ce qui vous attriste aussi, c’est que les autres ont occupé les églises par violence tandis que vous, pendant ce temps, vous êtes dehors. C’est un fait, ils ont les locaux : mais vous avez la foi apostolique. Eux, ils peuvent occuper nos églises, mais ils sont hors de la vraie Foi catholique. Réfléchissez : qu’est ce qui est le plus important, le lieu ou la Foi ? La vraie foi, c’est évident. Dans cette lutte, qui a perdu, qui a gagné, celui qui garde le lieu ou celui qui garde la foi ? Le lieu, c’est vrai, est bon quand on y prêche la foi apostolique ; il est saint si tout s’y passe saintement… C’est vous qui êtes heureux, vous qui restez dans l’Église par votre foi, vous qui tenez fermement aux fondements de la foi qui vous est parvenue de la sainte Tradition apostolique et si, à maintes reprises, une jalousie exécrable a voulu l’ébranler, elle n’y a pas réussi. C’est ceux qui s’en sont détachés dans la crise présente. Personne, jamais, ne prévaudra sur notre foi, frères bien aimés. Et nous croyons que Dieu nous rendra un jour nos églises. Ainsi donc, plus ils s’acharnent à occuper les lieux de culte, plus ils se séparent de l’Église. Ils prétendent représenter l’Église ; en réalité, ils s’en expulsent eux-mêmes et s’égarent. Les catholiques fidèles à Dieu dans la sainte Tradition, même s’ils sont réduits à une poignée, voilà ceux qui sont la vraie Église de Jésus-Christ. »

A partir de cela, beaucoup de schismatiques de positions diverses et contradictoires pensent pouvoir affirmer qu’ils sont les véritables catholiques, qu’ils constituent la véritable Eglise du Christ, même s’ils sont réduits à une poignée.

Il n’y a rien à redire concernant la majeure partie de cette citation, car de « Que Dieu vous console » à « elle n’y a pas réussi », la traduction est tout à fait authentique. Après, la traduction est inexacte, néanmoins le sens reste à peu près le même. En revanche, la toute dernière phrase, est totalement inventée : elle n’existe pas dans les traductions anciennes approuvées. De plus, cette phrase contredit le Magistère de l’Eglise ! Elle est comme la « goutte de venin [qui corrompt]la pureté et la simplicité de la foi que nous avons reçue de la tradition dominicale, puis apostolique » (cf. Léon XIII, Satis Cognitum). Cette funeste citation trompe même les catholiques de bonne foi, qui plein de zèle et de bonnes intentions, manifestant leur juste désir de demeurer catholique quoiqu’il en coûte, disent faussement que s’il n’y avait plus que quelques fidèles dans le monde, alors ils en feraient partie.

Afin de charitablement réfuter les allégations des schismatiques d’une part, et de corriger les catholiques trompés d’autre part, nous prouverons, en premier lieu, que la dernière phrase de cette citation est une pure invention ; et en second lieu, nous expliquerons en quoi cette phrase est d’une part erronée et d’autre part qu’elle est suffisamment ambigüe pour induire en erreur concernant la note d’Apostolicité.

Citation apocryphe

Contexte historique

Tout d’abord, on ne peut pas dire que le contexte historique aurait justifié que Saint Athanase parle d’une poignée de fidèles seulement. En effet, même si une majorité d’évêques avait fait erreur dans la foi, il y avait néanmoins beaucoup d’évêques à l’avoir conservée, notamment le Pape Libère, Saint Jérôme, Saint Hilaire de Poitiers, des évêques égyptiens, et bien sûr Saint Athanase lui-même. En outre, Saint John Newman souligne que la grande majorité de l’Eglise enseignée, sous la conduite et le gouvernement des Pasteurs catholiques, a conservé avec zèle et courage la foi catholique :

« L’épiscopat, dont l’action fut si prompte et si concordante à Nicée lors de la montée de l’arianisme, ne joua pas, en tant que classe ou ordre d’hommes, un bon rôle dans les troubles qui suivirent le Concile ; ce furent les laïcs qui le firent. Le peuple catholique, dans toute la chrétienté, était le champion obstiné de la vérité catholique, et les évêques ne l’étaient pas. Bien sûr, il y eut de grandes et illustres exceptions : d’abord Athanase, Hilaire, l’Eusèbe latin et Phœbade ; et après eux, Basile, les deux Grégoires et Ambroise ; il y en a d’autres aussi qui ont souffert, à défaut d’autre chose, comme Eustache, Paulus, Paulinus et Dionysius ; et les évêques égyptiens, dont le poids était faible dans l’Église en proportion de la grande puissance de leur patriarche. D’autre part, comme je le dirai plus loin, il y avait des exceptions à l’héroïsme chrétien des laïcs, surtout dans certaines grandes villes. Et encore, en parlant des laïcs, je parle inclusivement de leurs curés (c’est ainsi que je les appelle), du moins en de nombreux endroits ; mais dans l’ensemble, en considérant l’histoire dans son ensemble, nous sommes obligés de dire que le corps dirigeant de l’Église n’était pas à la hauteur, et que les gouvernés étaient prééminents en matière de foi, de zèle, de courage et de constance. »

– Saint John Newman, Les ariens du quatrième siècle, éd. anglaise, p. 445

Nous n’affirmons nullement ici que la majorité aurait raison contre la minorité ; en revanche, nous affirmons que, même minoritaires, ceux qui tiennent la vraie foi (les catholiques) doivent être suffisamment nombreux dans une zone géographique suffisamment large pour que l’on puisse reconnaître et déceler extérieurement l’Eglise universelle (en tant qu’elle est une société juridiquement parfaite, avec son Magistère vivant et son gouvernement, et non pas en temps qu’un simple groupe de fidèles unis dans la même foi uniquement, ce qui est en fait une définition protestante).

Il est donc totalement erroné d’affirmer qu’à l’époque arienne, seule une minorité infime et très réduite avait conservé la foi.

Lettre originale

Lorsque nous tentons de chercher cette citation frauduleuse dans les livres anciens, nous ne la trouvons nulle part, la plus vieille occurrence que nous ayons trouvé vient d’un ouvrage des années 80, par un journaliste proche de milieux lefebvristes, mais il est possible que cette manipulation soit encore plus ancienne. Les américains John Salza et Robert Siscoe ont cherché une ancienne traduction latine de la lettre originale, dans le vieux recueil de citations patristiques Collectio Selecta SS.Eccl.Patrum, « cité » par le prêtre schismatique Kramer (et également « cité » par de nombreux autres pour répandre leur fausse position), et y ont constaté que la dernière phrase de la lettre originale avait été coupée, et remplacée par ladite phrase apocryphe. A gauche, nous postons la lettre en latin, de la source citée par le père Kramer ; au centre, une traduction anglaise approuvée ; à droite, la traduction de celle-ci en français (en se basant sur une traduction anglaise approuvée) :

« Deus quidem vos consoletur, novi autem quia non hoc solum vos contristat; sed contristat et illud, quia Ecclesias quidem alii per violentiam tenuerunt, vos autem interim foris estis a locis illi enim loca, vos vero habetis apostolicam fidem. Illi in locis existentes, a vera fide sunt foris: vos vero a locis quidem foris estis , fides vero intus. Discutiamus quid sit majus, locus an fides. claret utique quia vera fides. Quis ergo amplius perdidit, vel quis amplius habet, qui locum tenet, an qui fidem? Bonus quidem locus est, quando illic apostolica fides praedicatur: sanctus est, si ibi habitat sanctus. Et post pauca: Vos autem beati, qui fide in Ecclesia estis, in fidei fundamentis habitatis, et sufficientem satisfactionem habetis, fidei summitatem, quse in vobis permanet inconcussa, ex apostolica enim traditione pervenit ad vos, et frequenter eam execranda invidia voluit commovere, nec valuit: magis autem per ea quae commoverunt sunt abscissi. Hoc est enim quod scriptum est: « Tu es Filius Dei vivi » Petro per revelationem Patris confesso, et audiente: « Beatus es Simon Barjona , quia caro et sanguis non revelavit tibi, sed Pater meus qui in coelis est, » et caetera. Nemo igitur unquam vestrae fidei praevalebit, dilectissimi fratres: si enim aliquando Ecclesias reddiderit Deus, credimus enim hoc, verum tamen ne tanta Ecclesiarum redditionem sufficit nobis fides. Et ne forte sine Scripturis loquens violentia dicam, bonum est vos ad Scripturarum testimonia trahere. Commemoramini enim quia templum quidem erat Hierusalem: templum non erat in eremo, alienigenae invaserant. Ex quo et templum vero Hierusalem, illi ejecti Babylonia descenderunt, judicio probantis, sive etiam corrigentis Dei, manifestantis vero inimicorum sanguinem vorantium poenas ignaris. Et locum quidem habebant alienigenae; loci vero Dominum nesciebant. In tantum vero quia nec responsa dabat, nec loquebatur, sed a veritate desolati fuerunt. Quid igitur eos juvat locus? Ecce enim locum habentes accusantur a diligentibus Deum, quia eum fecerunt speluncam latronum, et domum negotiationis et domum veli locum sanctum fecerunt amentes sibi, quos illic non licebat intrare. Audivimus enim, dilectissimi, discentes ab his qui inde venerunt haec et deteriora his. Quanto igitur labore videntur Ecclesiam tenere, tanto magis ejecti sunt. Et putantur esse intra veritatem, expulsi sunt autem et capti, et nullum lucrum sola Ecclesia quia rarum, veritas judicatur.« 

Collectio Selecta SS.Eccl.Patrum, Caillau and Guillou, Vol. 32, pp. 411-12.

« May God comfort you. I know moreover that not only this thing saddens you, but also the fact that while others have obtained the churches by violence, you are meanwhile cast out from your places. For they hold the places, but you the Apostolic Faith. They are, it is true, in the places, but outside of the true Faith; while you are outside the places indeed, but the Faith, within you. Let us consider which is the greater, the place or the Faith. Clearly the true Faith. Who then has lost more, or who possesses more? He who holds the place, or he who holds the Faith? Good indeed is the place, when the Apostolic Faith is preached there, holy is it if the Holy One dwell there. (After a little:) But ye are blessed, who by faith are in the Church, dwell upon the foundations of the faith, and have full satisfaction, even the highest degree of faith which remains among you unshaken. For it has come down to you from Apostolic tradition, and frequently has accursed envy wished to unsettle it, but has not been able. On the contrary, they have rather been cut off by their attempts to do so. For this is it that is written, ‘Thou art the Son of the Living God,’ Peter confessing it by revelation of the Father, and being told, ‘Blessed art thou Simon Barjona, for flesh and blood did not reveal it to thee,’ but ‘My Father Who is in heaven,’ and the rest. No one therefore will ever prevail against your Faith, most beloved brethren. For if ever God shall give back the churches (for we think He will) yet without such restoration of the churches the Faith is sufficient for us. And lest, speaking without the Scriptures, I should [seem to] speak too strongly, it is well to bring you to the testimony of Scriptures, for recollect that the Temple indeed was at Jerusalem; the Temple was not deserted, aliens had invaded it, whence also the Temple being at Jerusalem, those exiles went down to Babylon by the judgment of God, who was proving, or rather correcting them; while manifesting to them in their ignorance punishment [by means] of blood-thirsty enemies. And aliens indeed had held the Place, but knew not the Lord of the Place, while in that He neither gave answer nor spoke, they were deserted by the truth. What profit then is the Place to them? For behold they that hold the Place are charged by them that love God with making it a den of thieves, and with madly making the Holy Place a house of merchandise, and a house of judicial business for themselves to whom it was unlawful to enter there. For this and worse than this is what we have heard, most beloved, from those who are come from thence. However really, then, they seem to hold the church, so much the more truly are they cast out. And they think themselves to be within the truth, but are exiled, and in captivity, and [gain] no advantage by the church alone. For the truth of things is judged.« 

Nicene and Post-Nicene Fathers, Second Series, Vol. 4. Edited by Philip Schaff and Henry Wace. (Buffalo, NY: Christian Literature Publishing Co., 1892.) p. 551.

« Que Dieu vous console ! Je sais en outre que ce n’est pas seulement cela qui vous attriste, ce qui vous attriste aussi, c’est que les autres ont occupé les églises par violence tandis que vous, pendant ce temps, vous êtes dehors. C’est un fait, ils ont les locaux : mais vous avez la foi apostolique. Eux, ils peuvent occuper nos églises, mais ils sont hors de la vraie Foi catholique. Réfléchissez : qu’est ce qui est le plus important, le lieu ou la Foi ? La vraie foi, c’est évident. Dans cette lutte, qui a perdu, qui a gagné, celui qui garde le lieu ou celui qui garde la foi ? Le lieu, c’est vrai, est bon quand on y prêche la foi apostolique ; il est saint si tout s’y passe saintement… (Un peu plus loin) C’est vous qui êtes heureux, vous qui restez dans l’Église par votre foi, vous qui tenez fermement aux fondements de la foi qui vous est parvenue de la sainte Tradition apostolique et si, à maintes reprises, une jalousie exécrable a voulu l’ébranler, elle n’y a pas réussi. Au contraire, ils ont plutôt été coupés par leurs tentatives. Car voici ce qui est écrit : « Tu es le Fils du Dieu vivant », Pierre le confesse par révélation du Père, et il lui est dit : « Tu es heureux, Simon, fils de Jean, car ce n’est pas la chair et le sang qui te l’ont révélé », mais « Mon Père qui est dans les cieux », et le reste. Personne ne pourra donc jamais s’opposer à votre foi, mes frères bien-aimés. En effet, si jamais Dieu restitue les églises (et nous pensons qu’il le fera), sans cette restauration des églises, la foi nous suffit. Et de peur que, parlant sans les Ecritures, je ne paraisse parler trop fortement, il est bon de vous amener au témoignage des Ecritures, car rappelez-vous que le Temple était bien à Jérusalem ; le Temple n’était pas désert, des étrangers l’avaient envahi, d’où aussi le fait que le Temple étant à Jérusalem, ces exilés descendirent à Babylone par le jugement de Dieu, qui les éprouvait, ou plutôt les corrigeait, tout en leur manifestant dans leur ignorance le châtiment d’ennemis sanguinaires. Et des étrangers avaient certes occupé le lieu, mais ils ne connaissaient pas le Seigneur du lieu, et en ce qu’il ne répondait ni ne parlait, ils étaient abandonnés par la vérité. Quel est donc pour eux le profit du lieu ? Car voici que ceux qui tiennent le lieu sont accusés par ceux qui aiment Dieu d’en avoir fait un repaire de voleurs, et d’avoir fait follement du lieu saint une maison de marchandises, et une maison d’affaires judiciaires pour eux-mêmes, à qui il était interdit d’y entrer. Car c’est là, et pire encore, ce que nous avons entendu, bien-aimés, de la part de ceux qui sont venus de là. Ainsi donc, plus ils s’acharnent à occuper les lieux de culte, plus ils se séparent de l’Église. Ils se croient dans la vérité, mais ils sont en exil, en captivité, et ne tirent aucun avantage de l’Église seule. Car on juge de la vérité des choses.« 

– Traduction française

Nous constatons qu’il s’agit d’un extrait de la Lettre aux fidèles d’Alexandrie. Néanmoins, la traduction semble avoir été déformée vers la fin de l’extrait, car la partie de « C’est ceux qui s’en sont détachés » à « plus ils se séparent de l’Église » n’apparaît pas dans la traduction, bien que le sens reste à peu près le même. Et bien sûr, le plus important est que la phrase « Ils se croient dans la vérité, etc. » n’apparaît pas dans la citation faussée, elle a été tout bonnement remplacée par la phrase hérétique dont nous avons parlé !

On peut remarquer que la modification frauduleuse n’apparaît pas non plus dans la Patrologiae cursus completus (PG 26) de l’abbé Migne (col. 1189-1190) :

Désormais, puisque la fausseté de cette phrase a été prouvée, nous allons maintenant expliquer en quoi elle est contraire à l’enseignement de l’Eglise.

Citation erronée

Le terme « Catholique » signifie « Universel ». Il peut se référer à deux choses : premièrement, à une catholicité de fait, c’est à dire une catholicité absolue, englobant tous les hommes du monde ; deuxièmement, à une catholicité de droit, c’est-à-dire une catholicité relative, dans ce sens qu’elle est destinée à tous les hommes, et que beaucoup d’hommes de beaucoup de régions y appartiennent. L’abbé Boulenger explique dans son Manuel d’Apologétique, point 350, que, pour posséder la Note de Catholicité, il suffit que l’Eglise demeure catholique de droit, en ce sens qu’il a énoncé ci-dessus :

« Elle [la catholicité] est : — a) une propriété essentielle. Alors que la Loi primitive et la Loi mosaïque ne s’adressaient qu’au peuple juif, seul gardien des promesses divines, la Loi nouvelle s’adresse à l’universalité du genre humain : « Allez, dit Jésus à ses Apôtres, enseignez toutes les nations » (Mat., xxviii, 19). Toute Église par conséquent qui resterait confinée dans son milieu, qui serait l’Eglise d’une province, d’une nation, d’une race, n’aurait pas les caractères de l’Église du Christ, puisque Jésus a prêché sa doctrine pour tous et qu’il a fondé une société universelle. Est-ce à dire que l’Église du Christ devait être universelle dès le premier jour, ou même qu’elle devait l’être un jour, d’une catholicité absolue et physique? Évidemment non. La diffusion de l’Évangile devait suivre une marche progressive, dont Jésus lui-même avait tracé le plan à ses Apôtres : il les avait chargés en effet de lui rendre témoignage à Jérusalem d’abord, puis dans toute la Judée, dans la Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre (Act., i, 8). Et même lorsque l’Évangile aura pénétré jusqu’aux extrémités de la terre, il n’en résultera pas encore une catholicité absolue. Car le Sauveur n’a pas entendu violenter les consciences ; il a laissé à tout homme la liberté d’entrer ou de ne pas entrer dans son royaume, et il a prédit que tous n’y entreraient pas, vu qu’il a annoncé à ses disciples qu’ils seraient en butte aux persécutions. — b) La catholicité est une propriété visible. Constater la diffusion de l’Église paraît chose assez simple. Cependant la note de catholicité n’est pas toujours aussi apparente qu’on pourrait le croire, car le nombre des adhérents d’une société peut subir des fluctuations avec les diverses phases de son histoire. Mais la catholicité n’est pas à la merci d’une variation de chiffres. Ce n’est pas parce que l’Église connaîtra à certaines heures de regrettables défections que sa catholicité diminuera d’autant : il suffit qu’elle reste toujours catholique de droit.« 

– Abbé Boulenger, Manuel d’apologétique – 3ème partie : La vraie Eglise

Ludwig Ott explique également qu’une fois que l’Eglise a été suffisamment répandue dans le monde, elle doit conserver cette propriété :

« Dans le Credo des Apôtres, l’Eglise confesse : Credo in… sanctam Ecclesiam catholicam.
La catholicité morale suffit pour le concept de catholicité. Néanmoins, c’est la volonté du Christ que l’Eglise s’efforce constamment de s’étendre. L’idéal vers lequel l’Église s’efforce d’atteindre est la catholicité physique. Selon l’opinion établie par la majorité des théologiens, la catholicité morale exige que l’Eglise s’étende simultanément sur toute la terre. Ainsi, après un certain temps de développement, cette catholicité morale sera réalisée et se perpétuera à partir de ce moment-là. La grande extension et le grand nombre de fidèles ne constituent pas en soi une preuve de la vérité d’un enseignement – l’erreur aussi peut atteindre une grande extension ; néanmoins la catholicité est une qualité qui, selon la volonté de son Fondateur, ne doit pas manquer dans l’enseignement du Christ, et elle est donc une caractéristique de la véritable Église du Christ. »

– Ludwig Ott, Fundamentals of Catholic Dogma, pp. 306-307

Il cite ensuite comme preuves différentes prophéties : entre autres celle d’Isaïe, qui voit la maison du Seigneur (qui est l’Eglise catholique) sur la montagne, visible à tous, que toutes les nations gravissent. A ce sujet Léon XIII dira :

« Or, cette montagne placée sur le sommet des montagnes est unique : unique est cette maison du Seigneur, vers laquelle toutes les nations doivent un jour affluer ensemble pour y trouver la règle de leur vie. « Et toutes les nations afflueront vers elle et diront : Venez, gravissons la montagne du Seigneur, allons à la maison du Dieu de Jacob, et Il nous enseignera Ses voies, et nous marcherons dans Ses sentiers » (Isaïe II, 3) ».

Léon XIII, Satis Cognitum

Plus loin, il ajoute que l’Eglise est composée d’un grand nombre de membres :

« Par son origine, l’Eglise est donc une société divine ; par sa fin, et par les moyens immédiats qui y conduisent, elle est surnaturelle ; par les membres dont elle se compose et qui sont des hommes, elle est une société humaine. C’est pourquoi nous la voyons désignée dans les saintes Lettres par des noms qui conviennent à une société parfaite. Elle est appelée non seulement la Maison de Dieu, la Cité placée sur la montagne, et où toutes les nations doivent se réunir, mais encore le Bercail, que doit gouverner un seul pasteur, et où doivent se réfugier toutes les brebis du Christ ; elle est appelée le Royaume suscité par Dieu et qui durera éternellement ; enfin le Corps du Christ, corps mystique, sans doute, mais vivant toutefois, parfaitement conformé et composé d’un grand nombre de membres, et ces membres n’ont pas tous la même fonction, mais ils sont liés entre eux et unis sous l’empire de la tête qui dirige tout. »

– Léon XIII, Satis Cognitum

Ainsi, une fois que l’Eglise a été suffisamment répandue à travers le monde, elle ne peut plus perdre cette propriété de posséder beaucoup de fidèles dans le monde entier ; même si l’Eglise puisse être affaiblie chez certains peuples, elle ne peut totalement s’éteindre chez presque tous les peuples, sauf « une poignée » de fidèles.

Dans Etsi Multa Luctuosa, contre la secte vieille-catholique, le Pape Pie IX utilise l’argument du petit nombre comme une raison de considérer les dissidents comme une fausse église :

« Cependant ces infortunés, qui sapent les bases de la religion catholique, abrogent toutes ses notes et propriétés, inventent des erreurs si horribles et si nombreuses ou plutôt qui les ont empruntées à l’arsenal des anciens hérétiques, pour les réunir ensemble et les publier, ne rougissent pas de se dire catholiques et même vieux catholiques, alors que par leur doctrine, leur nouveauté et leur petit nombre ils renoncent à cette note d’antiquité et de catholicité plus qu’à tout autre. »

– Pie IX, Encyclique Etsi Multa Luctuosa

Plus loin, il cite Saint Augustin affirmant que « jusqu’à la fin du siècle l’Eglise vivra chez tous les peuples », non pas que l’Eglise sera littéralement dans toutes les nations du monde, mais plutôt que l’Eglise sera toujours répandue dans beaucoup de nations, et comprendra une grande multitude d’hommes en son sein ; en bref, qu’elle possèdera jusqu’à la fin du monde une catholicité morale:

« L’Eglise crie vers son éternel époux : D’où vient que je ne sais quels hommes s’écartant de moi, murmurent contre moi ? D’où vient que des gens perdus affirment que j’ai péri ? Faites ‑moi connaître la brièveté de mes jours. Combien de temps serai ‑je dans ce siècle ? Faites ‑le moi connaître à cause de ceux qui disent : Elle fut, et déjà elle n’est plus ; à cause de ceux qui disent : Les écritures sont accomplies, toutes les nations ont cru, mais l’Eglise a apostasié et a péri chez tous les peuples. Et, a‑t- il répondu : Voici que je suis avec vous jusqu’à la consommation des siècles. Emue par ces cris et vos fausses opinions, elle demande à Dieu de lui faire connaître la brièveté de ses jours et elle trouve que le Seigneur lui a dit : Voici que je suis avec vous jusqu’à la consommation des siècles. Vous dites alors : c’est de nous qu’il a parlé, c’est nous qui sommes et qui serons jusqu’à la consommation des siècles. Qu’on interroge le Christ lui-même : « Cet évangile, dit ‑Il, sera prêché dans l’univers entier en témoignage à toutes les nations, et alors viendra la fin. » Donc jusqu’à la fin du siècle l’Eglise vivra chez tous les peuples. [Ergo usque in finem saeculi Ecclesia in omnibus gentibus]. Périssent les hérétiques, qu’ils cessent d’être ce qu’ils sont et qu’ils deviennent ce qu’ils ne sont pas ! »

– Pie IX, Encyclique Etsi Multa Luctuosa

Citation ambigüe

Outre le fait de contredire le pape Pie IX, la phrase faussement attribuée à Saint Athanase est suffisamment imprécise pour aussi induire en erreur les catholiques sincères au sujet de la Note d’Apostolicité de l’Eglise, et le « contexte » de cette « citation », lorsque cité, ne corrige pas cette ambiguïté.

Il convient aussi de réfuter une interprétation erronée, voire hérétique, et pourtant trop répandue, du verset suivant (qui peut être cité avec la fausse phrase attribuée à Saint Athanase) : « Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre? » (Lc 18:8). Elle consiste à nier qu’à la fin des temps, l’Eglise ne sera réduite qu’à un tout petit nombre, voire même que ce petit nombre sera dépourvu de prêtre et d’évêque.

En premier lieu, il faut noter que le concile de Latran V a interdit aux catholiques de fixer une date d’événements eschatologiques tels que le Jugement Dernier ou la venue de l’Antéchrist. Ensuite, Saint Augustin nous donne la véritable signification du verset dans son 115ème sermon. Notre Seigneur, lorsqu’il affirmait cela, avait en vue une foi parfaite, ce qui exclut déjà la foi morte de ceux qui sont en état de péché mortel :

« Observons toutefois que ces mots: «Quand le Fils de l’homme viendra, penses-tu qu’il trouvera de la foi sur la terre?» s’appliquent à la foi, parfaite, car elle est bien rare dans la monde, Vous le voyez, l’Église de Dieu se remplit. Or qui pourrait y entrer s’il n’avait point de foi, et si la foi était parfaite, qui ne transporterait des montagnes? Considérez les Apôtres eux-mêmes: ils n’auraient pas tout abandonné, ils n’auraient pas foulé aux pieds les espérances du siècle pour – 481 – suivre le Seigneur, s’ils n’avaient une grande foi; et pourtant si cette foi était parfaite, ils ne diraient pas au Seigneur: «Accroissez en nous la foi (Lc 17,5).» Considérez ce double aveu, cette foi qui existe réellement, mais sans être parfaite, dans la bouche de ce père qui vient de présenter son fils au Seigneur pour qu’il le délivre du démon: interrogé s’il a la foi: «Je crois, Seigneur, répond-il; aidez mon incrédulité (Mc 9,23-24).» – «Je crois, je crois, Seigneur,» il a donc la foi. Mais «aidez mon incrédulité:» sa foi n’est donc pas encore parfaite. »

– Saint Augustin, Sermon CXV

Ainsi, à la fin du monde, il n’y aura quasiment plus de foi parfaite, ce qui ne signifie pas qu’il n’y aura plus de foi du tout, et que l’Eglise serait réduite à un petit reste de fidèles, voire même sans évêque ni prêtre. Au contraire, à la fin du monde, il y aura des évêques, des prêtres, peut-être moins de fidèles qu’aujourd’hui mais toujours beaucoup, et dispersés dans une large zone géographique.

Il y aurait tant de papes à citer pour réfuter cette hérésie dont nous avons fait mention au-dessus. Nous allons commencer par citer le pape Pie VI, qui a condamné l’hypothèse d’un obscurcissement général dans l’Eglise :

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1. La proposition qui affirme : « Dans ces derniers siècles un obscurcissement général a été répandu sur des vérités de grande importance relatives à la religion et qui sont la base de la foi et de la doctrine morale de Jésus Christ » (est) hérétique.

– PAPE PIE VI, Constitution AUCTOREM FIDEI

Nous ne pouvons pas être exhaustifs ici, mais il nous suffit de dire que l’Eglise est une société juridiquement parfaite, qui possède en elle-même et par elle-même toutes les ressources nécessaires à son existence, mais aussi à son action, c’est-à-dire à sa mission d’enseigner, de gouverner et de sanctifier :

« Bien que composée d’hommes comme la société civile, cette société de l’Église, soit pour la fin qui lui est assignée, soit pour les moyens qui lui servent à l’atteindre, est surnaturelle et spirituelle. Elle se distingue donc et diffère de la société civile. En outre, et ceci est de la plus grande importance, elle constitue une société juridiquement parfaite dans son genre, parce que, de l’expresse volonté et par la grâce de son Fondateur, elle possède en soi et par elle-même toutes les ressources qui sont nécessaires à son existence et à son action. »

– Léon XIII, Immortale Dei

Sous le pape Pie IX, le Saint-Office enseignait que l’Eglise était, par volonté divine, non seulement constituée des quatre notes (Unité, Sainteté, Catholicité et Apostolicité), mais également qu’elle était reconnue comme telle :

« La véritable Eglise du Christ est constituée par l’autorité divine et reconnue par quatre notes [auctoritate divina constituitur et dignoscitur], auxquelles, dans le Symbole, nous affirmons qu’il faut croire. »

Lettre du Saint-Office aux évêques d’Angleterre (Denz. 2888)

De même, dans le saint Concile Vatican I, l’Eglise enseigne qu’elle a été fondée par le Christ afin d’être reconnue comme la véritable Eglise :

« Mais, pour que nous puissions satisfaire au devoir d’embrasser la vraie foi et de persévérer constamment en elle, Dieu, par son Fils unique, a institué l’Eglise et l’a pourvue de marques évidentes de son institution afin qu’elle puisse être reconnue par tous comme la gardienne et la maîtresse de la Parole révélée. »

– Concile Vatican I, Dei Filius, Denz. 3012

Et de même, le Pape Pie XI enseigne non seulement que l’Eglise doit toujours être un corps de fidèles unis au gouvernement de l’Eglise (le pape (s’il y en a) et les évêques légitimes) ; mais aussi que l’Eglise doit se présenter comme telle aux yeux des hommes : être visible et décelable extérieurement comme telle, ce qui contredit l’interprétation d’une Eglise si diminuée que presque personne ne saurait où elle se trouve, ni ne pourrait y trouver son gouvernement (qui n’existerait plus) :

« l’Eglise [doit] être visible et décelable extérieurement, en ce sens, du moins, qu’elle [doit] se présenter comme un seul corps de fidèles unanimes à professer une seule et même doctrine sous un seul magistère et un seul gouvernement. « 

– Pie XI, Mortalium Animos

Il ajoute que l’Eglise doit subsister absolument la même qu’aux temps apostoliques, ce qui implique qu’elle ne peut pas perdre ses clercs et son gouvernement :

« Sans aucun doute, cette Eglise, si admirablement établie, ne pouvait finir ni s’éteindre à la mort de son Fondateur et des Apôtres qui furent les premiers chargés de la propager, car elle avait reçu l’ordre de conduire, sans distinction de temps et de lieux, tous les hommes au salut éternel:  » Allez donc et enseignez toutes les nations  » (Matth. XXVIII, 19). Dans l’accomplissement ininterrompu de cette mission, l’Eglise pourra-t-elle manquer de force et d’efficacité, quand le Christ lui-même lui prête son assistance continuelle:  » Voici que je suis avec vous, tous les jours, jusqu’à la consommation des siècles  » (Matth. XXVIII, 20) ?

Il est, par conséquent, impossible, non seulement que l’Eglise ne subsiste aujourd’hui et toujours, mais aussi qu’elle ne subsiste pas absolument la même qu’aux temps apostoliques; – à moins que nous ne voulions dire – à Dieu ne plaise ! – ou bien que le Christ Notre Seigneur a failli à son dessein ou bien qu’il s’est trompé quand il affirma que les portes de l’enfer ne prévaudraient jamais contre elle (Matth. XVI, 18). »

Idem.

Le Pape Léon XIII enseigne également que ceux qui ne sont reconnus et gouvernés par aucun évêque ne sont pas catholiques, et ajoute qu’il n’est pas permis de dire que l’Eglise soit privée de pasteurs ; or affirmer que l’Eglise puisse en être privée équivaudrait à dire que l’on peut être catholique sans être uni à des évêques et reconnus par eux, donc cela équivaudrait à dire que Léon XIII s’est trompé :

« Absolument aucun évêque ne les considère et ne les gouverne comme ses brebis. Ils doivent conclure de là, avec certitude et évidence, qu’ils sont des transfuges du bercail du Christ. (…) Tous comprirent qu’il n’est permis à personne d’affirmer, ou que l’Eglise catholique ait été en quelque sorte exilée de France par Pie VII, ou qu’elle soit réduite à résider uniquement en quelques hommes privés de pasteurs. »

– Léon XIII, Eximia Nos Laetitia

Pour finir, nous citerons le Catéchisme de Saint Pie X, qui enseigne que le Sacerdoce durera jusqu’à la fin du monde, et condamne l’idée contraire comme équivalent à ce que l’Eglise ne soit plus la même qu’instituée par le Christ (ce qui revient, comme Pie XI l’a enseigné, à affirmer que l’Eglise a failli contrairement aux promesses du Christ) :

« Le Sacerdoce catholique est-il nécessaire dans l’Église ?

Le Sacerdoce catholique est nécessaire dans l’Église parce que, sans lui, les fidèles seraient privés du saint sacrifice de la Messe et de la plus grande partie des sacrements ; ils n’auraient personne pour les instruire dans la foi, ils resteraient comme des brebis sans pasteur à la merci des loups, en un mot l’Église n’existerait plus comme Jésus-Christ l’a instituée.

Le Sacerdoce catholique ne cessera donc jamais sur la terre ?

Le Sacerdoce catholique, malgré la guerre que lui fait l’enfer, durera jusqu’à la fin des siècles, car Jésus-Christ a promis que les puissances de l’enfer ne prévaudraient jamais contre son Église »

Catéchisme de Saint Pie X, 5ème partie, Chapitre 8

Conclusion

Nous ne pouvons, encore une fois, qu’inciter les catholiques à la méfiance lorsqu’ils lisent des propos de type apocalyptique ou catastrophique sur les réseaux sociaux. Il faut les rejeter s’ils contredisent ce que le Magistère enseigne réellement. Les petites églises qui naissent en opposition à Rome et se prétendent chacune être comme une barque au milieu de la tempête sont nombreuses, elles se contredisent entre elles, et sont tout à fait incapables de préserver les notes essentielles qui définissent la véritable Eglise Catholique. La simple prétention de n’être que les quelques survivants d’une hérésie généralisée est déjà en soi un critère de fausseté, comme cela a été démontré dans cet article. Les constantes tentatives de minimiser et de relativiser dans des sens les plus abstraits le fait que les portes de l’enfer ne prévaudront pas sur l’Eglise constituent un manque de foi flagrant en son indefectibilité.

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