Acceptation Pacifique Universelle : réponse aux objections

Introduction

La doctrine de l’acceptation universelle soutient que, dans le cas où tous les évêques légitimes de la Sainte Eglise Catholique reconnaîtraient une personne comme Pape, alors cette personne serait certainement le véritable Pape légitime, Chef de l’Eglise catholique et possédant la suprême Autorité dans l’Eglise universelle. De là, on en déduit qu’il est impossible que tous les évêques reconnaissent universellement un antipape comme le vrai Pape.

En effet, tous les évêques ne peuvent tomber unanimement dans l’erreur. Ainsi, s’ils le pouvaient, les catholiques devraient faire face à un dilemme impossible : il faudrait soit se soumettre aux évêques et donc soi-disant être dans l’erreur, ou bien s’en détacher entièrement pour soi-disant être dans la vérité. Ainsi, la vérité se trouverait hors de l’Eglise qui serait tombée dans l’erreur, ce qui est clairement une idée hérético-schismatique : Dieu nous commande de nous soumettre aux évêques légitimes, et il serait absurde et blasphématoire de prétendre qu’Il nous obligerait à nous soumettre à l’erreur.

Dans l’article précédent, à lire en priorité pour comprendre, nous avons vu que de nombreux théologiens, ainsi que des saints, ont soutenu cette doctrine comme une vérité théologique certaine. Dans cet article, nous passerons en revue les principales objections faites contre cette doctrine.

Nécessité de la doctrine de l’Acceptation Pacifique Universelle prouvant la légitimité du Pontife Romain.

Selon les sédévacantistes, cette doctrine ne serait pas nécessaire car il y a déjà eu des cas de papes n’ayant pas été acceptés, lorsqu’une partie des évêques reconnaissaient un antipape. Ce point est exact, cependant cela ne prouve pas que cette doctrine ne soit pas nécessaire pour la simple et bonne raison que les fausses lignées d’antipapes se sont toutes éteintes, et que l’on peut déduire quelle lignée était la lignée légitime. On peut par exemple citer le cas du pape Damase Ier, opposé à l’antipape Ursin de 366 à 367. Puisque Ursin a été déposé en 367 et déclaré antipape par deux synodes sous l’autorité de Damase Ier, alors seul Damase pouvait être le Pape légitime, car il a été reconnu par tous les évêques catholiques bien que tardivement.

Avant de commencer la démonstration, il est important de noter que si un pape n’a pas été universellement accepté par tous les évêques, bien que nous n’ayons aucun doute sérieux sur la légitimité de son élection, alors cela ne signifie pas qu’il ne s’agit pas ici d’un pape légitime. L’absence de l’Acceptation Pacifique Universelle n’est pas la preuve de l’illégitimité d’un antipape, mais l’Acceptation Pacifique Universelle est la preuve de sa légitimité, de même que le détachement de toute l’Eglise envers un pape prouve qu’il a perdu sa légitimité, par exemple dans le cas de sa renonciation au pontificat.

Le Père Smith expliquera que la plupart des Papes ont été unanimement acceptés par l’Eglise universelle (comprendre : l’Eglise catholique, cf. Lumen Gentium, 23) :

« Les seuls cas où l’application de ce principe est inutile sont ceux des papes dont les règnes furent si courts que l’Église universelle a difficilement eu le temps de donner des signes évidents d’adhésion ou de rejet, ou ceux des papes dont la vie a été trop courte pour montrer clairement si l’Église les a regardés comme légitimes ou comme des intrus. Mais ces exceptions sont rares et peu importantes

Il est parfaitement clair que la grande majorité des papes (…), allant non seulement jusqu’au seizième siècle mais jusqu’à nos jours, ont reçu cette loyale adhésion et obéissance de la part de l’Église universelle, que Léon XIII reçoit actuellement, ce qui en soi est un signe si certain de la légitimité de son titre que nous pouvons même faire acte de foi qu’il est le vrai Vicaire de Jésus-Christ. Ce n’est pas une simple théorie, mais c’est la doctrine commune des théologiens catholiques. »

Si l’Acceptation Pacifique Universelle ne démontrerait pas que l’homme reconnu est bien le Pape légitime, alors on pourrait émettre des doutes sur n’importe quel pape, comme l’ont noté plusieurs théologiens. En effet, les conditions pour être élu Pape sont d’être baptisé, d’être catholique et d’être un homme d’âge mûr et mentalement stable. Il faudrait donc que, parmi les 265 successeurs de saint Pierre, tous aient reçu validement le sacrement du baptême, tous aient reçu validement le sacrement de l’Ordre et que tous aient été consacrés validement évêque, il faudrait de plus que tous aient atteint l’âge nécessaire (ce qui est facilement vérifiable), mais aussi qu’aucun d’entre eux n’ait été insensé (ce qui serait plus difficile à prouver). De plus, et cela est décidé par la loi actuellement en vigueur depuis Jean-Paul II en 1996, pour être validement élu, le Pape doit avoir reçu les 2/3 des voix des cardinaux. Cependant, Jules II a établi une loi en 1505, levée par Pie XII en 1945, selon laquelle le crime de simonie invalidait l’élection, « pour ôter un prétexte d’attaquer la valeur de l’élection du Pontife romain ». En effet, s’il y a rumeur de simonie, il risquerait d’y avoir une sérieuse division parmi les évêques concernant la légitimité ou non de l’élu, et donc un doute très difficile à résoudre. Cela ne concerne évidemment pas les papes ayant été universellement acceptés, puisque cette acceptation aurait signifié que toutes les conditions pour être pape auraient été présentes chez l’élu.

Bien entendu, nous avons la certitude morale que les Papes précédents ont reçu validement les sacrements nécessaires, car, bien que pour être valides, les sacrements requièrent que la forme et la matière soient correctes, et que l’intention chez le ministre est de faire ce que fait l’Eglise (qui est un acte intérieur), nous n’avons eu aucune preuve d’un défaut de l’une ou plusieurs de ces conditions ; il en est de même en ce qui concerne son état mental. Toutefois, si l’Acceptation Pacifique et Universelle ne garantissait pas la légitimité du Pontife Romain, et donc la présence de toutes les conditions nécessaires, il serait toujours possible de douter de sa légitimité puisque des preuves, jusqu’ici inconnues, pourraient nous parvenir, c’est pourquoi la seule certitude morale ne suffit pas.

De plus, le conclave étant secret, nous ne pourrions pas savoir si tel conclave s’est déroulé convenablement, ou si au contraire il n’y a pas eu des circonstances pouvant invalider le conclave, par exemple un complot, ou des menaces, voix forcées, etc.

En effet, dans le cas de certaines élections pontificales, si la doctrine de l’Acceptation Pacifique Universelle n’existait pas, nous n’aurions même pas eu la certitude morale que ces conclaves se soient déroulés convenablement sans invalider l’élection. Plusieurs historiens protestants du XIXème siècle utilisait fréquemment l’argument suivant : prétendre démontrer que telle élection aurait été entachée du crime de simonie (circonstance invalidante), et que la papauté serait restée vacante depuis lors, pour prétendre réfuter le catholicisme. Or, puisque ces pontifes ont été universellement acceptés, nous avons la certitude que le conclave s’est déroulé convenablement, ou du moins que cette acceptation ait guéri les vices de l’élection. Cela réfute également d’autres mythes protestants grotesques, tels celui de la soi-disant « Papesse Jeanne », bien que pour ce dernier de simples connaissances historiques et un minimum d’honnêteté intellectuelle suffisent.

En prenant l’exemple d’un pape relativement ancien, par exemple Innocent III, ou encore Benoît XII, etc, si l’Acceptation Pacifique Universelle ne garantissait pas la légitimité du Pontife Romain, comment adhérer aux dogmes qu’ils ont enseigné, si nous avions encore une probabilité, minime, mais qui serait bien réelle, de prendre connaissance de nouvelles informations à l’avenir, qui prouverait que leur élection a été illégitime ?

Enfin, pour être Pape, il faut être catholique. Ainsi, il n’existe aucun pape n’ayant erré dans la foi soit dans son exercice du Magistère extraordinaire, soit dans son exercice du Magistère Ordinaire et Universel. Malgré cela, certains prétendent trouver des hérésies dans le Magistère du pape François, d’autres dans le Magistère des trois pontifes précédents, d’autres dans le Magistère des cinq ou six Pontifes précédents (sédévacantistes), d’autres dans le Magistère des neuf Pontifes précédents, d’autres dans le Magistère des douze Pontifes précédents, d’autres encore dans le Magistère de tous les Papes depuis Innocent II, et ainsi de suite…

Tous ces hérétiques prétendent conserver le dépôt de la Foi en s’imaginant que toute la hiérarchie a défailli, ce qui est une hérésie condamnées : car il est impossible de répandre un obscurcissement sur les vérités importantes de foi (cf. Auctorem Fidei, Denz. 2601). Tous pensent donc que l’Eglise se trompe tandis qu’eux ont raison, ce qui est le propre d’un hérétique. Si l’Acceptation Pacifique et Universelle ne garantissait pas la légitimité d’un Pape, alors il faudrait étudier à fond le Magistère de tous les Papes et vérifier qu’aucune contradiction ne s’y trouve. Ensuite, si une soi-disant contradiction est trouvée, comment être certain que cette contradiction est bien réelle et non pas apparente, si elles concernent bien le dogme et non pas une discipline ou une partie de la liturgie que les Papes sont libres de changer ?

Tout cela nécessiterait un travail historique et théologique colossal et la crédibilité même du catholicisme en serait touchée, car un catholique ne peut pas croire avec une certitude infaillible les dogmes enseignés par les papes, s’il était toujours possible d’entretenir un doute à leur égard ou si l’on avait qu’une certitude morale de sa légitimité, comme l’ont démontré les théologiens.

Les sédévacantistes prétendent que tant que le pape présumé n’est pas hérétique, alors il n’est pas nécessaire de se poser la question. Toutefois certains d’entre eux affirment aussi que Jean XXIII, bien que n’ayant enseigné aucune hérésie, aurait été un antipape à cause de son intention, soi-disant « mauvaise », et le caractère soi-disant « douteux » de son élection. Outre le fait que cette première idée très pernicieuse porte au libre-examen du Magistère des papes précédents, d’où en résulteront des contradictions entre différentes mouvances schismatiques, la seconde, qui implique de se faire juge de la conscience et des actes des élus, ont une ressemblance frappante à l’erreur n° 26 de Jan Hus, qui prétendait qu’il fallait d’abord se fier aux actions de l’élu afin de déterminer si, oui ou non, il est bien le successeur de Pierre (pape) ou d’un autre apôtre (évêque) :

« 26. Du fait que des électeurs ou la majorité d’entre eux se sont mis d’accord de vive voix sur une personne, conformément aux rites des hommes, cette personne n’est pas par le fait même légitimement élue, ou encore, elle n’est pas par là même le successeur ou le vicaire vrai et manifeste de l’apôtre Pierre ou d’un autre apôtre dans une fonction ecclésiastique. En conséquence, que les électeurs aient bien ou mal élu, nous devons nous fier aux œuvres de l’élu. Car, du fait que quelqu’un agit davantage d’une façon méritoire pour le progrès de l’Eglise, il possède pour cela un plus grand pouvoir venant de Dieu. » – CONDAMNÉE

Erreurs de Jan Hus, 15ème session du concile de Constance (1415), confirmée en 1418 par le pape Martin V (Denz. 1226).

Sommaire des objections

Après avoir expliqué la nécessité de cette doctrine, nous allons répondre à diverses objections :

  • « L’Acceptation Pacifique Universelle a un champ d’application trop flou. »
  • « L’Acceptation Pacifique Universelle ne fait pas consensus parmi les théologiens. »
  • « L’Acceptation Pacifique Universelle n’est qu’une opinion théologique. »
  • « L’Acceptation Pacifique Universelle concerne toute l’Eglise, non pas seulement les évêques, et des laïcs ont refusé la légitimité de Jean XXIII. »
  • « Nous, sédévacantistes, n’existions pas avant la promulgation des hérésies de Vatican II, et nous n’avions aucune raison d’exister puisqu’aucune hérésie n’a été définie. »
  • « Durant la vacance du Siège de Pierre, l’Eglise ne peut pas enseigner de faits dogmatiques. Elle ne peut donc pas enseigner qu’un homme a été légitimement élu et détient l’Autorité suprême. »
  • « Même si les évêques ne nous considèrent pas comme catholiques, ils ne sont pas infaillibles, et nous appartenons tout de même à leur gouvernement et leur sommes soumis. »
  • « L’Acceptation Pacifique Universelle ne garantit que la légitimité de l’élection de l’élu, non pas qu’il soit véritablement et légitimement Pape et Chef de l’Eglise Universelle. »
  • « La bulle Cum Ex Apostolatus Officio contredit la doctrine de l’Acceptation Pacifique Universelle. »
  • « Les antipapes Constantin II et Christophore ont été universellement acceptés par tous les évêques. »
  • « L’élection de Papes universellement acceptés ont été jugées nulles. »
  • « Des théologiens ont désobéi à Jean XXIII, il n’a donc pas bénéficié de l’Acceptation Pacifique Universelle. »
  • « Des évêques ont désobéi, et même douté de la légitimité de Paul VI, il n’a donc pas bénéficié de l’Acceptation Pacifique et Universelle. »

Objections et réfutations

Objection : L’Acceptation Pacifique Universelle a un champ d’application trop flou.

Réponse :

Cette objection a été formulée pour la première fois par Arnaldo Da Silveira, théologien privé de Mgr Castro Mayer, hostile au Pape et tenant de théories proches de celles de la FSSPX, reproche aussi à cette doctrine de ne pas être assez claire, d’avoir un champ d’application flou :

 » Un examen plus approfondi de la question révélerait, néanmoins, que même en matière théorique, une importante difficulté s’élève : il faudrait déterminer avec précision ce qu’est ce concept d’acceptation pacifique et universelle par l’Église. Pour que cette acceptation soit pacifique et universelle, suffit-il qu’aucun cardinal n’ait contesté l’élection ? Suffit-il que dans un concile, par exemple, la quasi-totalité des évêques ait signé les actes [du Concile], reconnaissant par là même, implicitement, que le pape est le vrai pape ? Suffit-il qu’aucune voix ou presque, n’ait donné un cri d’alarme ? Ou bien, au contraire, est-ce qu’une défiance très généralisée mais souvent diffuse suffirait à détruire l’acceptation apparemment pacifique et universelle en faveur de ce pape ? Et si cette défiance devenait suspicion pour de nombreux esprits, un doute positif pour beaucoup, une certitude pour quelques-uns, est-ce-que cette acceptation pacifique et universelle subsisterait ? Et si ces défiances, suspicions, doutes et certitudes affleuraient de temps en temps dans les conversations et les écrits privés, et de-ci de-là dans des publications, pourrait-on encore taxer de pacifique et d’universelle l’acceptation d’un pape qui était déjà hérétique au moment de son élection par le sacré collège ? Il n’est pas dans la nature du présent ouvrage de répondre à des questions comme celles-là. Nous voulons simplement les formuler, en demandant à ceux qui ont autorité en la matière de les tirer au clair. « 

– Arnaldo Da Silveira, L’Ordo Missae de Paul VI : Qu’en penser ?, 1980

Cet article a non seulement pour but de répondre aux objections contre la doctrine, mais également de clarifier le champ d’application de l’Acceptation Pacifique et Universelle. Ainsi, nous verrons dans l’article que l’Acceptation Pacifique et Universelle s’applique dans le cas où tous les évêques légitimes reconnaissent la légitimité du pape de leur époque. Par conséquent, une défiance présente chez quelques fidèles, et même beaucoup, ne saurait invalider l’Acceptation Pacifique Universelle de Jean XXIII et ses successeurs. Notons aussi qu’il n’y a pas de preuve que Jean XXIII ait été l’objet d’une quelconque défiance lors des premières années de son pontificat.

De plus, une fois l’Acceptation Pacifique et Universelle posée, aucun refus de la légitimité du Pape posé ultérieurement, fût-ce de la part de plusieurs évêques, ne saurait remettre en doute la légitimité du Pape. Puisque, grâce aux moyens de communication toujours plus rapides, les Papes récents sont universellement acceptés en très peu de temps, alors il n’est pas permis de remettre en doute la légitimité de Jean-Paul II, par exemple, sous prétexte que Mgr Thuc l’avait refusée trois ans après son élection, sa légitimité ayant été déjà universellement acceptée par l’Eglise universelle très peu de temps après son apparition sur la Place Saint-Pierre, grâce aux moyens de communication déjà très développés.

Puisque l’acceptation de tous les évêques prouve que l’Acceptation Pacifique Universelle a été posée, alors, pour nier qu’elle eût lieu, il faut que les sédévacantistes citent un évêque qui, dès 1958, a refusé de reconnaître la légitimité de Jean XXIII. A cette époque, pour savoir si un évêque niait la légitimité du Pape, il suffisait de lire les journaux catholiques dans lesquels étaient retranscrits ses interventions ; d’assister à ses Messes où le nom du Pape est mentionné par l’évêque, signifiant sa communion avec lui ; d’écouter ses interventions à la radio, puis à la télévision. Aujourd’hui, cela est encore plus facile, puisque nous pouvons utiliser des sites spécialisés pour consulter les biographies des évêques ; dans le cas où ils sont cardinaux, s’ils ont participé aux conclaves ; s’ils ont ordonné ou consacré des clercs, et lesquels, et avec qui ils ont consacré ou co-consacré, démontrant la communion avec des évêques ou cardinaux en communion avec le Pape ; s’ils ont assisté aux sessions du Concile (voir ici), s’ils ont signé les documents conciliaires (cf. A. S. II, 6 ; A. S. III, 8 ; A. S. IV, 6 et A. S. IV, 7) ; on peut consulter des sites d’archives journalistiques catholiques ou profanes, etc.

Lorsqu’un évêque refuse la légitimité du Pape, cela est manifesté de manière très visible : par le bouche-à-oreille, par lettres diocésaines, par les media catholiques et même profanes, qui mentionnent le fait ; par les autorités ecclésiastiques avertissant les prêtres et les fidèles ; et par l’excommunication de l’évêque dissident ; mais aussi par les données enregistrées par les évêques dissidents : lettres, images, photographies, enregistrements audio et/ou vidéo, etc.

Objection : L’Acceptation Pacifique Universelle ne fait pas consensus parmi les théologiens.

Réponse :

On reproche aux théologiens d’avoir une certaine diversité d’opinions mineures concernant l’application de la doctrine de l’Acceptation Pacifique Universelle, par exemple sur le fait que l’Acceptation Pacifique Universelle puisse constituer une « seconde élection valable » ou non, ce qui est une opinion théologique d’ailleurs contestable puisque seuls les cardinaux peuvent élire le pape ; tantôt de dire que les évêques sont concernés par l’Acceptation Pacifique Universelle, tantôt l’Eglise Universelle.

Parfois les sédévacantistes inventent des distinctions qui n’ont pas lieu d’être, comme le fait de savoir si l’Acceptation Pacifique Universelle ne garantirait que la légitimité de l’élection de l’élu, ou bel et bien la légitimité du pape. En fait, il est complètement faux de dire que des théologiens auraient soutenu l’idée que l’Acceptation Pacifique Universelle ne garantirait « que » la légitimité de l’élection de l’élu, comme si elle ne garantissait pas également le fait qu’il détienne l’Autorité Pontificale.

Tous les théologiens sont néanmoins d’accord sur une chose, qu’ils qualifient de « certaine » : le fait que l’Eglise Universelle ne peut pas reconnaître un faux chef comme son chef légitime, et c’est sur ce fait que tous les théologiens sont d’accord : c’est donc ce fait que nous sommes obligés de croire.

Que les théologiens et l’Eglise enseignent que la légitimité de l’élection d’un Pape soit un fait dogmatique n’empêche nullement les théologiens comme le Père E. Sylvester Berry d’en déduire que toute l’Eglise ne peut pas accepter unanimement un antipape étant donné de l’indéfectibilité de l’Eglise en ce qui concerne sa légitimité ou non, « l’Église est infaillible en croyant aussi bien qu’en enseignant ». Cela prouve au contraire que, puisque tous les évêques considèrent nécessairement la légitimité du pape comme un fait dogmatique, les fidèles ne peuvent pas nier sa légitimité sous peine d’être exclu de l’Eglise, comme nous le verrons plus tard.

Objection : L’Acceptation Pacifique Universelle n’est qu’une opinion théologique.

Réponse :

Selon le Père Sydney Smith, l’Acceptation Pacifique Universelle « n’est pas une simple théorie, mais c’est la doctrine commune des théologiens catholiques ». Ferraris en parlera d’une « doctrine commune parmi les catholiques », et même Da Silveira admettra que cette doctrine est « l’enseignement commun des auteurs », preuve qu’il ne contestait pas la doctrine en elle-même.

Or, comme l’enseigne le bienheureux Pape Pie IX dans sa Lettre Tuas Libenter, il ne suffit pas d’adhérer aux dogmes enseignés par l’Eglise, mais qu’il faut également se soumettre « aux points de doctrine qui, d’un consentement commun et constant, sont tenus dans l’Église comme des vérités et des conclusions théologiques tellement certaines, que les opinions opposées, bien qu’elle ne puissent être qualifiées d’hérésie, méritent cependant quelque autre censure théologique. ». L’enseignement unanime des théologiens ne peut donc être contredit sous peine de péché.


Bien plus, cette doctrine se fonde également sur la Bulle Inter Cunctas du pape Martin V. C’est un « questionnaire destiné aux wyclifites et aux hussites » en vue de leur réintégration dans l’Eglise catholique. La question suivante a été définie par le Concile pour être posée aux personnes suspectes d’hérésie :

« De même s’il croit que le pape canoniquement élu, qui est celui du moment, après la proclamation de son nom propre est le successeur du bienheureux Pierre, ayant l’autorité suprême dans l’Eglise de Dieu. »

Les théologiens ont tous compris que cette proposition ne devait pas être comprise dans son sens général, selon lequel tout pape a l’autorité suprême ou non, mais dans son sens particulier, concernant le pape « du moment« , en donnant « son nom propre« , s’il a l’autorité suprême ou non. Une autre preuve que la question concerne bien un pape en particulier est que les hussites prétendaient qu’un pape n’était pas le véritable successeur de Saint Pierre, s’il vivait dans le péché, comme le démontre l’erreur n°13 de Jan Hus, condamnée par le Concile de Constance :

« 13. Le pape n’est pas le successeur vrai et manifeste du prince des apôtres, Pierre, s’il vit d’une manière contraire à celle de Pierre ; s’il est avide de biens, il est alors vicaire de Judas Iscariote. Pour la même raison évidente, les cardinaux ne sont pas les successeurs vrais et manifestes du collège des autres apôtres du Christ, à moins qu’ils ne vivent comme les apôtres en observant les commandements et les conseils de notre Seigneur Jésus-Christ. » – CONDAMNEE

Erreurs de Jan Hus, 15ème session du concile de Constance (1415), confirmée en 1418 par le pape Martin V (Denz. 1213).

Jean de Saint Thomas explique :

« Ces mots ne parlent pas de la vérité de cette proposition comprise dans un sens général – à savoir que quiconque est légalement élu est le Souverain Pontife – mais en particulier, concernant celui qui est pape à l’époque, en donnant son nom propre, par exemple, Innocent X. C’est à cet homme, dont le nom propre est donné, que le pape demande à la personne suspecte dans la foi de se faire demander s’il croit qu’une telle personne est le successeur de Pierre et du Souverain Pontife : il s’agit donc de l’acte de la foi – non à une inférence ou à une certitude morale; car aucun de ces deux derniers n’est une question de foi. »

Le théologien Ferraris en tirera la conclusion suivante : il est de foi que Benoît XIV, qui était pape au moment où il écrivait, détient réellement l’autorité suprême dans l’Eglise de Dieu :

« Par le simple fait que l’Église le reconnaisse comme légitimement élu, Dieu nous révèle la légitimité de son élection, le Christ ayant promis que Son Église ne sombrerait jamais en matière de foi ; or elle errerait dans une telle matière si ce principe était faux, car l’Église, en reconnaissant l’élu comme le vrai pape, le reconnaît comme une règle infaillible de foi ; tandis que [s’il n’était reconnu comme tel], il serait faillible. »

Après avoir fait référence au concile de Constance, le théologien Arbiol explique que :

« Après l’acceptation pacifique et universelle, la proposition [qu’il est le vrai Pape] n’est pas seulement probable; c’est de fide. Aucun auteur catholique ne dit le contraire. En effet, tous enseignent que par l’acceptation pacifique et universelle de l’Église, toutes les conditions connexes deviennent aussi de fide, qui auparavant n’étaient pas de fide. »

En effet, si tous les évêques croient que la proposition « Jean XXIII a été légitimement élu et détient l’Autorité suprême dans l’Eglise de Dieu » comme étant de fide, alors la proposition ne peut pas être fausse, puisqu’en croyant cela, ils obligent leur troupeau de fidèles à y croire également sous peine d’être considérés comme hors de l’Eglise par ces évêques. En croyant cette proposition, les évêques de 1960 par exemple, condamnent de facto la position contraire selon laquelle Jean XXIII n’aurait pas été légitimement élu et ne détiendrait pas l’Autorité dans l’Eglise de Dieu, ainsi, ils condamnent également de facto tous ceux qui n’adhèreraient pas à cette proposition qu’ils sont unanimes à tenir.

Si la question était posée aujourd’hui, elle serait : « Croyez-vous que François est le successeur du bienheureux Pierre, ayant l’autorité suprême dans l’Église de Dieu ? » Quiconque répondrait « non » échouerait dans sa « profession de foi » et serait considéré comme hérétique par tous les évêques.

Lorsque tous les évêques reconnaissent un pape, ils croient de facto que tout homme refusant de s’y soumettre n’appartient pas à l’Eglise catholique, car par ce fait il se coupe de la hiérarchie ecclésiastique et donc de son gouvernement.

En plus du Concile de Constance, ils suivent en effet l’enseignement de Pie XII (Mystici Corporis Christi) :

« Et ceux qui sont divisés pour des raisons de foi ou de gouvernement ne peuvent vivre dans ce même Corps ni par conséquent de ce même Esprit divin. […] Ceux-là se trompent donc dangereusement qui croient pouvoir s’attacher au Christ Tête de l’Eglise sans adhérer fidèlement à son Vicaire sur la terre. Car en supprimant ce Chef visible et en brisant les liens lumineux de l’unité, ils obscurcissent et déforment le Corps mystique du Rédempteur au point qu’il ne puisse plus être reconnu ni trouvé par les hommes en quête du port du salut éternel. »

On trouve également cette doctrine infaillible de la nécessité d’adhésion au Pontife Romain chez le bienheureux Pie IX (Quartus Supra) :

« L’Église catholique, en effet, a toujours considéré comme schismatiques ceux qui résistent opiniâtrement à ses légitimes prélats, et surtout au Pasteur suprême, et qui refusent d’exécuter leurs ordres et même de reconnaître leur autorité. »

Enfin, Léon XII enseigne que ceux qui affirment qu’il ne subsisterait aucun évêque légitime qui les gouverne, comme le croyaient les schismatiques d’alors, établissent en fait que l’Eglise est tombée, et qu’un groupe n’étant en communion avec aucun évêque ne peut faire partie de l’Eglise :

« Car, comment l’Église sera-t-elle pour vous une mère, si vous n’avez pas pour pères les Pasteurs de l’Église, c’est-à-dire les évêques ? et d’où pouvez-vous vous glorifier du nom de catholiques, si, séparés du centre de la catholicité, c’est-à-dire du Saint-Siège Apostolique et du Souverain Pontife, en qui Dieu a mis la source de l’unité, vous rompez l’unité catholique ? L’Église catholique est une ; elle n’est point déchirée, ni divisée. Votre Petite Église ne peut donc en aucune manière appartenir à l’Église Catholique. Car, de l’aveu même de vos maîtres, ou plutôt de ceux qui vous trompent, il ne reste plus aucun des évêques français qui soutienne et qui défende le parti que vous suivez. Bien plus, tous les évêques de l’Univers Catholique, auxquels eux-mêmes en ont appelé, et à qui ils ont adressé leurs réclamations schismatiques imprimées sont reconnus comme approuvant les conventions de Pie VII et les actes qui se sont ensuivis, et toute l’Église catholique leur est désormais entièrement favorable. Quoi donc ? ne faut-il pas un gouvernement à l’Église catholique même, et n’établissent-ils pas qu’elle est déjà tombée ceux qui osent l’accuser ou de diminution, ou d’ignorance, ou d’erreur ? Or, les auteurs des Réclamations en sont venus à ce point de délire qu’ils osent affirmer cela même. Car ils crient que l’Église qui est contre eux et qui conserve la communion de ce Saint-Siège, doit être regardée comme dissimulant, ou comme trompée et dans l’erreur, et, pour cela, ils s’élèvent contre elle avec fureur comme schismatique. »

– Pape Léon XII, exhortation Pastoris Aeterni, 26 juillet 1826 (version originale en italien ici (point 4).

Léon XIII rappelé à ces mêmes schismatiques que si aucun évêque ne les considérait et ne les gouvernait comme leurs brebis, alors ils ne pouvaient faire partie de l’Eglise catholique :

« Absolument aucun évêque ne les considère et ne les gouverne comme ses brebis. Ils doivent conclure de là, avec certitude et évidence, qu’ils sont des transfuges du bercail du Christ. »

– Pape Léon XIII, lettre Eximia Nos Laetitia, 19 juillet 1893.

C’est pourquoi le doute des fidèles, même s’ils sont en grand nombre, ne saurait invalider l’Acceptation Pacifique Universelle, puisqu’ils ne seraient reconnus et gouvernés par aucun évêque, donc exclus de facto de l’Eglise.

Et puisque Mgr Thuc n’a reconnu les sédévacantistes comme catholiques non pas au début, mais plus de deux décennies après la mort de Pie XII, et qu’aucun évêque ne les a reconnus et gouvernés pendant des décennies, alors la position sédévacantiste doit être considérée comme fausse, car allant à l’encontre de l’indéfectibilité de l’Eglise.

Objection : L’Acceptation Pacifique Universelle concerne toute l’Eglise, non pas seulement les évêques, et des laïcs ont refusé la légitimité de Jean XXIII.

Réponse :

Au lieu d’employer « tous les évêques », certains théologiens ont parlé de l’Acceptation de l’Eglise Universelle. Or, cela n’a pas de sens de dire que seuls des laïcs puissent avoir raison tandis que tous les évêques se seraient trompés. En effet, l’Eglise Universelle consiste forcément aux fidèles soumis aux évêques, et non pas aux fidèles seuls, puisque ceux-ci seraient alors dépourvus de gouvernement.

Comme nous l’avons vu avant, les papes Léon XII et Léon XIII ont condamné l’idée d’une Eglise réduite à des laïcs et des prêtres n’étant gouvernés par aucun évêque, car l’Eglise a toujours besoin d’un gouvernement auquel les fidèles doivent se soumettre :

« Ce n’est qu’aux apôtres et à leurs légitimes successeurs qu’Il a ordonné de paître le troupeau, c’est-à-dire de gouverner avec autorité tout le peuple chrétien, lequel est en conséquence obligé, par le fait même, à leur être soumis et obéissant. »

– PAPE LÉON XIIISATIS COGNITUM

Léon XIII enseignait déjà que les évêques gouvernent de droit divin les hommes, donc de manière ininterrompue :

« Les évêques forment la partie la plus auguste de l’Église, celle qui instruit et gouverne, de droit divin les hommes ; aussi quiconque leur résiste et refuse opiniâtrement d’obéir à leur parole s’écarte de l’Église (Math. XVIII, 17). »

– Pape Léon XIII, Est Sane Molestum, 17 décembre 1888

Il a également enseigné dans Epistola Tua la nécessité pour les fidèles d’être soumis à leurs évêques, et ceux-ci et avec les fidèles, d’être soumis au Pontife Romain :

« Il est d’absolue nécessité que les simples fidèles se soumettent d’esprit et de cœur à leurs pasteurs propres, et ceux-ci avec eux, au Chef et au Pasteur suprême. De cette subordination, de cette obéissance, dépendent l’ordre et la vie de l’Église. »

Puisqu’adhérer à un antipape mènerait à adhérer à une foi et à un gouvernement faux, cette adhésion universelle et pacifique de l’Eglise à son chef garantit avec certitude la légitimité de ce chef, et cette légitimité, étant crue et enseignée par le pape (et tous les évêques unis à lui), devient un fait dogmatique (vérité à croire de foi, car de son existence dépendent des vérités de foi, ici l’indéfectibilité et l’infaillibilité de l’Eglise).

La situation imaginée par les sédévacantistes, dans laquelle plus aucun évêque (et même plus aucun curé avant la fin des années 60) ne les gouverne est donc impossible. Au contraire, c’est parce que l’infaillibilité et l’indéfectibilité demeurent que Pie XI peut dénoncer ceux qui « nient que l’Eglise doive être visible et décelable extérieurement, en ce sens, du moins, qu’elle doive se présenter comme un seul corps de fidèles unanimes à professer une seule et même doctrine sous un seul magistère et un seul gouvernement. » (Mortalium Animos).

Aujourd’hui, ils ont des évêques dépourvus de pouvoir de gouvernement et d’enseignement, car « les évêques qui n’ont été ni nommés ni confirmés par le Saint-Siège, qui ont même été choisis et consacrés contre ses dispositions explicites, ne peuvent jouir d’aucun pouvoir de magistère ni de juridiction » (Ad Apostolarum Principis). Puisqu’ils n’ont pas de juridiction ordinaire, ils ne peuvent pas gouverner leurs fidèles. Bien plus, leurs évêques sont illicites (cf. CIC 1917, can. 953), ainsi, ils sont absolument exclus de la communion avec l’Eglise catholique, et leurs évêques ne saurait annuler l’Acceptation Pacifique Universelle des successeurs de Jean-Paul II, de même que les évêques vieux-catholiques ne sauraient annuler l’Acceptation Pacifique Universelle des futurs papes, si ces évêques venaient à considérer ces derniers comme illégitimes.

Concernant les laïcs cités par les sédévacantistes, on ne trouve aucune preuve concrète qu’ils aient refusé la légitimité de Jean XXIII, sinon des noms donnés (comme Elisabeth Gernster ou Tom Costrello) sans plus d’informations ni de preuves. Jusqu’à preuve du contraire, les sédévacantistes ne peuvent pas prétendre que ces personnes aient refusé la légitimité de Jean XXIII.

Objection : Nous, sédévacantistes, n’existions pas avant la promulgation des hérésies de Vatican II, et nous n’avions aucune raison d’exister puisqu’aucune hérésie n’a été définie.

Réponse :

Il convient de noter que les sédévacantistes d’une part prétendent avoir existé depuis le début, d’autre part n’avoir existé que depuis la promulgation des documents du Concile Vatican II. Si les premiers avaient raison, l’argument des seconds serait donc nul. Nous allons donc supposer que les sédévacantistes ne sont apparus qu’après la promulgation du Concile :

Selon le Père Smith, l’Eglise entière ne pourrait pas accepter un antipape comme Chef de l’Eglise universelle aussi parce que l’Eglise serait ainsi exposée à tomber dans l’hérésie :

« Mais si elle pouvait errer en échouant à distinguer le vrai chef d’un faux, avec pour résultat de reconnaître ce dernier, elle serait désespérément exposée au risque d’errer dans la doctrine religieuse, en la recevant de lèvres fausses et dépourvues d’assistance [divine] »

De plus, si les sédévacantistes n’existaient pas dès 1958, alors l’idée du sédévacantisme aurait été inacceptable par toute l’Eglise, puisqu’elle reconnaissait Jean XXIII comme possédant l’Autorité suprême pontificale, et qu’elle condamnait de facto la proposition opposée.

Comme nous l’avons vu précédemment, Léon XIII condamnait l’idée que les fidèles ne puisse plus avoir d’évêques les gouvernant, mais Léon XII condamnait également l’idée qu’il puisse ne pas y d’évêques ne défendant et ne soutenant le parti, qui serait la vraie doctrine selon les schismatiques : « De l’aveu même de vos maîtres, ou plutôt de ceux qui vous trompent, il ne reste plus aucun des évêques français qui soutienne et qui défende le parti que vous suivez. »

Léon XII utilise également pour preuve que toute l’Eglise était favorable aux actes du pape Pie VII pour prouver sa légitimité ainsi que celles de ses actes : « Bien plus, tous les évêques de l’Univers Catholique, auxquels eux-mêmes en ont appelé, et à qui ils ont adressé leurs réclamations schismatiques imprimées sont reconnus comme approuvant les conventions de Pie VII et les actes qui se sont ensuivis, et toute l’Église catholique leur est désormais entièrement favorable. « .

Aucun évêque n’a publiquement dénoncé les actes de Jean XXIII, ni des premiers actes de Paul VI ; par conséquent, ces papes ainsi que leurs actes doivent être tenus pour légitimes.

L’argument est surtout de dire que, s’ils avaient existé en 1958, leur position aurait été intenable, et qu’ils auraient été considérés comme hors de l’Eglise (excommuniés ipso facto) par tous les évêques. Cela signifie que leur idée en elle-même, selon laquelle le Siège Pontifical serait vacant à cet instant, a été reconnue schismatique par tous les évêques à cause du fait que tous les évêques ont tenu la proposition inverse comme étant de fide.

Objection : Durant la vacance du Siège de Pierre, l’Eglise ne peut pas enseigner de faits dogmatiques. Elle ne peut donc pas enseigner qu’un homme a été légitimement élu et détient l’Autorité suprême.

Réponse :

La doctrine de l’Acceptation Pacifique Universelle ne consiste pas à dire que tous les évêques ensemble enseignent que la légitimité d’un Pape est un fait dogmatique. Le fait que tous les évêques reconnaissent un homme comme Pape légitime, garantissant sa légitimité, n’est pas d’abord un enseignement de l’Eglise, mais une conséquence de son indéfectibilité. En effet, le pape seul ou avec les évêques réunis en concile, est infaillible dans l’enseignement, c’est-à-dire in docento, mais l’Église entière – tant la hiérarchie que les laïcs – est également infaillible in credendo (ce qui signifie que l’Église entière ne se trompera jamais dans une question de foi).

Le R. P. Berry explique que l’Eglise ne peut pas se tromper dans les faits dogmatiques, parce qu’elle est non seulement infaillible en enseignant, mais aussi en croyant :

« FAITS DOGMATIQUES. Un fait dogmatique est un fait qui n’a pas été révélé, mais qui est si intimement lié à une doctrine de la foi que sans une certaine connaissance du fait, il ne peut y avoir de connaissance certaine de la doctrine. Par exemple, le [Premier] Concile du Vatican était-il vraiment œcuménique ? Pie IX était-il un pape légitime ? L’élection de Pie XI était-elle valide ? De telles questions doivent être tranchées avec certitude avant que les décrets émis par un concile ou un pape puissent être acceptés comme infailliblement vrais ou obligeant l’Église. C’est évident, alors, que l’Église doit être infaillible en jugeant de tels faits, et puisque l’Église est infaillible en croyant aussi bien qu’en enseignant, il s’ensuit que le consentement pratiquement unanime des évêques et des fidèles à accepter un concile comme œcuménique, ou un Pontife romain comme légitimement élu, donne une certitude absolue et infaillible du fait. »

Lorsque Jean XXIII a été élu pape, il enseigna de facto sa propre légitimité à toute l’Eglise, il enseigna sa propre légitimité comme un fait dogmatique à toute l’Eglise. Si cette proposition était fausse, donc s’il n’avait pas l’autorité pontificale, alors tous les évêques n’auraient pas accepté cette proposition comme étant de fide et n’auraient pas reconnu en lui le pouvoir suprême d’enseignement, de gouvernement etc.

Le fait qu’ils imposent à leur troupeau de tenir la légitimité de Jean XXIII et Paul VI comme étant de fide, sous peine de considérer comme schismatiques ceux qui refusent de rester en communion avec le pape qu’ils reconnaissent suffirait à prouver que l’indéfectibilité de l’Eglise empêche nécessairement que tous les évêques croient, acceptent comme de fide à de fausses propositions, donc les propositions en vertu de l’infaillibilité in credendo.

L’infaillibilité in credendo concerne également le fait qu’il est impossible pour tous les évêques de suivre une fausse règle de foi, et également d’ordonner à leurs fidèles de faire de même : « Ce serait en effet la même chose, pour l’Église, d’adhérer à un faux Pontife que d’adhérer à une fausse règle de foi puisque le Pape est la règle vivante que l’Église doit suivre en croyant, et de fait suit toujours », disait le cardinal Billot.

Objection : Même si les évêques ne nous considèrent pas comme catholiques, ils ne sont pas infaillibles, et nous appartenons tout de même à leur gouvernement et leur sommes soumis.

Réponse :

Outre la foi, il y a aussi la question du gouvernement. Comme vu précédemment, Pie XI enseignait que les catholiques doivent non seulement être unis dans la foi en professant une même doctrine, mais doivent être aussi à un même gouvernement. Et son successeur Pie XII enseignait que « ceux qui sont divisés pour des raisons de foi ou de gouvernement ne peuvent vivre dans ce même Corps ni par conséquent de ce même Esprit divin. » (Mystici Corporis Christi).

Par exemple, puisque le prêtre Joaquín Sáenz y Arriaga a été excommunié dans les années 70 par ses évêques pour avoir été sédévacantiste, il ne saurait être considéré comme soumis au gouvernement de ces évêques : il s’agit d’une absurdité pour deux raisons :

  • Premièrement, car reconnaître l’autorité d’un évêque signifie obligatoirement d’également reconnaître l’autorité du Pape, auquel l’évêque est soumis, et ordonne de facto sa soumission ;
  • Deuxièmement, car une personne ne peut pas être soumise à un évêque, si celui-ci ne la considère pas comme catholique, et que cette personne refuse de se soumettre à l’évêque au point de subir une excommunication de sa part.

Il faut également ajouter que le schisme est puni d’une excommunication ipso facto, donc par le fait même. Il n’est donc pas nécessaire que l’évêque ou le Pape excommunie la personne, pour qu’elle soit effectivement hors de l’Eglise.

Les sédévacantistes ne peuvent pas clamer être catholiques, et clamer que l’excommunication contre eux par les évêques serait injuste, nulle et non avenue. En réalité, les schismatiques ont toujours agi ainsi (cf. Quartus Supra §6).

De plus, il n’est pas permis à un excommunié de dire que son excommunication fût injuste, mais c’est au Pape de le déclarer, comme ce fût le cas pour sainte Jeanne d’Arc. Or, si tous les évêques ne considèrent pas les sédévacantistes comme catholiques, ils ne peuvent logiquement pas déclarer que l’excommunication de leurs évêques, par exemple, est injuste.

Le Pape Clément XI, dans sa Bulle Unigenitus Dei Filius, condamne les propositions suivantes :

91. La crainte d’une excommunication injuste ne doit jamais nous empêcher de faire notre devoir ; nous ne sortons jamais de l’Eglise, même quand nous semblons en être expulsés par la méchanceté des hommes, aussi longtemps que nous sommes attachés à Jésus Christ et à l’Eglise par la charité. – Jn 9,22-23Condamnée.

92. Plutôt souffrir en paix l’excommunication et l’anathème injuste que de trahir la vérité, c’est imiter saint Paul ; cela est loin de s’ériger contre l’autorité ou de rompre l’unité. Rm 9,3. – Condamnée.

– Pape Clément XI, Erreurs de Pasquier Quesnel, 8 septembre 1713, Denz. 2491-2492.

De même, au Concile de Constance, le Pape Martin V condamne les propositions suivantes, qui concernent justement le cas du P. Arriaga :

17. Le prêtre du Christ qui vit selon sa loi, possède une connaissance de l’Ecriture et désire édifier le peuple, doit prêcher, nonobstant une prétendue excommunication. Et, plus loin: si le pape ou quelque supérieur ordonne à un prêtre qui se trouve dans cette situation de ne pas prêcher, le subordonné ne doit pas obéir. – Condamnée.

18. Quiconque accède au sacerdoce reçoit par mandat la fonction de prêcher ; et il doit exercer ce mandat, nonobstant une prétendue excommunication. – Condamnée.

– Pape Martin V, Erreurs de Jan Hus, 22 février 1418, Denz. 1217-1218.

Aussi, le Pape Pie IX enseignait dans Quartus Supra, au paragraphe 12 :

« Étant donné que la faction d’Arménie se trouve dans cette situation, ce sont des schismatiques, même s’ils n’avaient pas encore été condamnés comme tels par l’autorité apostolique. Car l’Église est composée du peuple en union avec le prêtre et le troupeau qui suit son berger. Par conséquent, l’évêque est dans l’Église et l’Église dans l’évêque, et quiconque n’est pas avec l’évêque n’est pas dans l’Église. »

Objection : L’Acceptation Pacifique Universelle ne garantit que la légitimité de l’élection de l’élu, non pas qu’il soit véritablement et légitimement Pape et Chef de l’Eglise Universelle.

Réponse :

Il s’agit d’une nouveauté complète inventée par l’évêque sédéprivationniste Donald Sanborn. Cette distinction n’existait même parmi les théologiens cités. En effet, jamais les théologiens n’ont enseigné une telle chose : ils ne disent pas que l’Acceptation Pacifique Universelle ne garantirait que la légitimité de l’élection de l’élu, mais bien que toutes les conditions pour être Pape ont été remplies, et que l’élu est réellement et véritablement le pape légitime. Jean de Saint Thomas affirme :

« Il n’y a pas de réelle différence entre la proposition : « Cet homme est légitimement élu » et « Cet homme est pape », puisqu’être accepté comme Souverain Pontife et être le Souverain Pontife, c’est la même chose ; tout comme c’est la même chose pour quelque chose d’être défini, et pour la définition d’être légitime. »

– Jean de Saint Thomas, Cursus Theologicus, Tome 6, Q. 1-7 on Faith, Disputation 8, Article 2

L’abbé Gridel explique que si un homme n’est pas pape légitime, alors  » le corps des pasteurs ne le reconnaîtrait pas pour chef de l’Eglise » (même si on suppose que son élection eût été valide, position inimaginable à l’époque) et que « si un fidèle n’entend aucune réclamation de ses pasteurs contre le Pape, il doit le tenir pour légitime« .

Le Cardinal Journet disait que « l’acceptation pacifique de l’Eglise universelle s’unissant actuellement à tel élu comme au chef auquel elle se soumet, est un acte où l’Eglise engage sa destinée », un acte « de soi infaillible ».

Wilmers ne dit nullement que l’Acceptation Pacifique Universelle ne garantirait que l’élection : il dit au contraire que « la difficulté qui est parfois soulevée est qu’il est parfois impossible de savoir si un pape est légitimement élu ou non et, par conséquent, s’il a le pouvoir de diriger l’Église ou non » et que « tout pape, universellement reconnu par l’Église, est nécessairement le véritable successeur de saint Pierre« , puisque l’Acceptation Pacifique et Universelle garantit les deux.

Tanquerey disait que « tous admettent que l’Église jouit d’une infaillibilité quant à la légitimité d’un Souverain Pontife, et donc qu’elle ne peut pas se tromper lorsqu’elle reconnaît à l’unanimité ce Pape comme légitime. »

Le père Smith qualifiait la doctrine de l’Acceptation Pacifique Universelle comme d' »un signe si certain de la légitimité de son titre que nous pouvons même faire acte de foi qu’il est le vrai Vicaire de Jésus-Christ. » et que « c’est la doctrine commune des théologiens catholiques ».

La canoniste Boni disait que « les canonistes ont constamment et généralement répété que la « pacifica universalis ecclesiae adhaesio » est le signe et l’effet infaillible d’une élection valide et d’une papauté légitime« 

Et le Cardinal Billot disait que Dieu ne peut pas permettre que toute l’Église admette comme pontife « celui qui ne l’est pas vraiment et légitimement ».

En effet, si l’Acceptation Pacifique Universelle ne servait qu’à garantir la légitimité de l’élection de l’élu sans garantir la le fait que l’élu est bien Pape et qu’il possède l’Autorité suprême dans l’Eglise, alors elle ne servirait strictement à rien, puisque l’Eglise serait toujours autant exposée au risque d’errer dans la foi.

Surtout, tous les évêques croient non seulement que le pape du moment a été légitimement élu, mais aussi qu’il « [a] l’autorité suprême dans l’Eglise de Dieu », selon le Concile de Constance. Ainsi, en croyant la proposition selon laquelle « Paul VI a été légitimement élu et détient l’autorité suprême dans l’Eglise de Dieu », les évêques de 1965, par exemple, condamnent de facto non seulement la proposition opposée selon laquelle Paul VI n’aurait pas été légitimement élu, mais également la proposition selon laquelle Paul VI ne détiendrait pas l’Autorité suprême dans l’Eglise de Dieu. Ainsi, ils condamnent également de facto tous ceux qui adhèreraient à cette proposition.

Objection : La bulle Cum Ex Apostolatus Officio contredit la doctrine de l’Acceptation Pacifique Universelle.

Réponse :

Les sédévacantistes exploitent la bulle Cum Ex Apostolatus Officio du Pape Paul IV pour prétendre qu’un antipape hérétique pourrait être accepté par toute l’Eglise sans problème, en citant le paragraphe 6 de la Bulle :

« Nous ajoutons que si jamais il advient qu’un Évêque, même ayant fonction d’Archevêques, de Patriarche ou de Primat ; qu’un Cardinal de l’Eglise romaine, même Légat, qu’un Souverain Pontife même, avant leur promotion ou leur élévation au Cardinalat ou au Souverain Pontificat, ont dévié de la foi catholique ou sont tombés dans quelque hérésie, la promotion ou l’élévation – même si cette dernière a eu lieu dans l’entente et avec l’assentiment unanime de tous les Cardinaux – est nulle, non avenue, sans valeur et on ne pourra dire qu’elle est devenue valide ou qu’elle devient valide parce que l’intéressé accepte la charge, reçoit la consécration ou ensuite entre en possession ou quasi-possession du gouvernement et de l’administration, ou par l’intronisation du Pontife romain lui-même ou par l’adoration devant lui ou par la prestation d’obéissance à lui rendue par tous ou par quelque laps de temps écoulé pour ces actes : on ne pourra la tenir pour légitime en aucune de ses parties et elle ne confère ni ne peut être censée conférer quelque pouvoir d’administration au spirituel ou au temporel à de tels hommes promus Evêques, Archevêques, Patriarches ou Primats, ou élevés au Cardinalat ou au Souverain Pontificat.

Tous leurs dits, faits et gestes, leur administration et tout ce qui en découle, tout est sans valeur et ne confère aucune autorité, aucun droit à personne. Ces hommes ainsi promus et élevés seront par le fait même, sans qu’il faille quelque déclaration ultérieure, privés de toute dignité, place, honneur, titre, autorité, fonction et pouvoir, même si tous et chacun de ces hommes n’a dévié de la foi, tombant dans le schisme ou l’hérésie, qu’après son élection légitime , soit en le suscitant, soit en l’embrassant. »

« Adiicientes quod si ullo umquam tempore apparuerit aliquem Episcopum, etiam pro Archiepiscopo, seu Patriarcha, vel Primate se gerentem, aut prædictæ Romanæ Ecclesiæ Cardinalem, etiam ut præfertur, Legatum, seu etiam Romanum Pontificem ante eius promotionem, vel in Cardinalem, seu Romanum Pontificem assumptionem a fide Catholica deviasse, aut in aliquam hæresim incidisse,

i. promotio, seu assumptio de eo etiam in concordia, et de unanimi omnium Cardinalium assensu facta, nulla, irrita,
ii. et inanis existat, nec per susceptionem muneris, consecrationis, aut subsecutam regiminis, et administrationis possessionem, seu quasi, vel ipsius Romani Pontificis inthronizationem, aut adorationem, seu ei præstitam ab omnibus obedientiam, et cuiusvis temporis in præmissis cursum, convaluisse dici, aut convalescere possit,
iii. nec pro legitima in aliqua sui parte habeatur,
iv. nullamque talibus in Episcopos, seu Archiepiscopos, vel Patriarchas aut Primates promotis, seu in Cardinales, vel Romanum Pontificem assumptis, in spiritualibus, vel temporalibus administrandi facultatem tribuisse,
v. aut tribuere censeatur, sed omnia, et singula per eos quomodolibet dicta, facta, gesta, et administrata, ac inde secuta quæcumque viribus careant, et nullam prorsus firmitatem, nec ius alicui tribuant,
vi. sintque ipsi sic promoti, et assumpti, eo ipso absque aliqua desuper facienda declaratione, omni dignitate, loco, honore, titulo, auctoritate, officio, et potestate privati, liceatque omnibus, et singulis sic promotis, et assumptis, si a fide antea non deviassent, nec hæretici fuissent, neque schisma incurrissent, aut excitassent, vel commisissent.« 

Premièrement, il faut savoir que l’acceptation de la légitimité de l’élu par les cardinaux (d’institution ecclésiastique) ne garantit en rien sa légitimité réelle. La doctrine de l’Acceptation Pacifique Universelle n’est pas contradictoire avec le fait qu’un faux pape soit élu et accepté comme pape légitime par tous les cardinaux. En effet, comme nous l’avons vu plus haut, c’est l’acceptation des évêques (d’institution divine) qui garantit infailliblement la légitimité de l’élu. Ainsi, lorsque le passage concernant « l’assentiment unanime de tous les Cardinaux » est cité, il s’agit d’un homme de paille résultant de la mauvaise compréhension de la doctrine de l’Acceptation Pacifique Universelle.

Deuxièmement, les sédévacantistes utilisent le passage « on ne pourra dire qu’elle est devenue valide ou qu’elle devient valide […] par l’adoration devant lui ou par la prestation d’obéissance à lui rendue par tous ». Ici, le « par tous » ne concerne pas tous les évêques ni toute l’Eglise universelle, mais uniquement les Cardinaux, dont il était fait référence juste avant.

En effet, le terme latin adorationem désigne le rite d’adoration des cardinaux au Pape nouvellement élu, suivi d’un serment de fidélité et d’obéissance. Il s’agit de la cérémonie qui se déroule dans la chapelle Sixtine juste après l’élection, durant laquelle les cardinaux lui prêtent obéissance :

Premier jour du Pape Paul VI à la place Saint-Pierre (1963), © British Pathé

On retrouve cette même formulation dans la Bulle Cum tam Divino (1505) du pape Jules II, invalidant une élection simoniaque, « même malgré une intronisation… et même si tous les cardinaux lui prêtent obédience » (« Nec eiusmodi simoniaca electio per subsequentem ipsius intronizationem seu temporis cursum aut etiam omnium Cardinalium praestatam obedientiam ullo unquam tempore convalescat.« ). Aussi, dans la Constitution Vacantis Apostolicae Sedis du pape Pie XII, trois obédiences (« adorationem« ) sont mentionnées.

On la retrouve également dans la nouvelle Constitution Universi Dominici gregis de Jean-Paul II, sur la vacance du Siège Apostolique et l’élection du Pontife Romain :

« Une fois accomplies les autres formalités, conformément à l’Ordo rituum Conclavis, les Cardinaux électeurs s’avancent selon les règles fixées pour rendre hommage et pour faire acte d’obédience au nouveau Pontife. »

« Deinde, actis de more agendis, prout iubet Ordo rituum Conclavis, Cardinales electores, secundum statutas rationes, accedunt ut novo electo Summo Pontifici obsequium et oboedientiam exhibeant« 

Bien plus, au paragraphe 7, le pape Paul IV confirme bien que l’obédience concerne bien les cardinaux :

« Les sujets tant clercs séculiers et réguliers que laïcs, y compris les Cardinaux qui auraient participé à l’élection du Pontife romain déjà hors de la foi catholique par hérésie ou schisme, ou qui y auraient consenti et qui lui auraient accordé l’obéissance et fait hommage […] ceux qui se seraient liés et obligés par hommage, serment, engagement envers ces hommes promus et élevés [Evêque, Cardinal, Antipape, …] pourront toujours se dégager impunément de l’obéissance et du service envers eux et les éviter comme des magiciens, païens, publicains, hérésiarques »

« Subditis personis, tam clericis sæcularibus, et regularibus, quam etiam laicis, necnon Cardinalibus, etiam qui electioni ipsius Pontificis antea a fide devii, aut hæretici, seu schismatici interfuerint, seu alias consenserint, et ei obedientiam præstiterint, eumque adoraverint […] etiam eisdem sic promotis, vel assumptis homagio, seu iuramento, vel cautione obligatis, et obnoxiis, ab ipsorum sic promotorum, vel assumptorum obedientia, et devotione impune quandocumque cedere, eosque ut magos, ethnicos, publicanos, et hæresiarchas evitare »

Pour finir, Petri Mariæ Passerini, vicaire général des dominicains et éminent théologien et canoniste, affirme dans son ouvrage Tractatus de electione summi pontificis, page 164 point 28 traitant de l’élection du Souverain Pontife, que les mots « la prestation d’obéissance à lui rendue par tous » ne concernent pas toute l’Eglise, mais ne font référence qu’à la cérémonie d’obéissance des cardinaux. Il ajoute même qu’après l’Acceptation Pacifique Universelle, on ne peut plus accuser le Pape pour des crimes commis avant son pontificat.

Ainsi, il n’est pas possible d’attribuer la fausse interprétation des sédévacantistes à la bulle de Paul IV, car elle s’oppose à la doctrine catholique.

Objection : Les antipapes Constantin II et Christophore ont été universellement acceptés par tous les évêques.

Réponse :

Ces antipapes n’ont pas pu être acceptés par tous les évêques. Premièrement, il faut savoir que, contrairement à notre époque moderne, disposant de moyens de communication quasiment instantanés (télévision, radio, et aujourd’hui Internet et les réseaux sociaux …), les antipapes dont nous traiterons vivaient à des époques où les moyens de communications étaient plus lents, donc au moment de la présentation de l’antipape au peuple de Rome, tous les évêques du monde n’étaient pas immédiatement au courant de son élection invalide.

Il faut aussi savoir que ces exemples datent d’il y a plus de 1000 ans et que des preuves historiques précises ont été perdues, contrairement à aujourd’hui où l’on dispose de pléthore d’archives documentaires, vidéo, audio, etc. mais on dispose seulement d’informations générales nous aidant facilement à en déduire que ces antipapes n’ont pas été acceptés par l’Eglise catholique.

Constantin II

L’antipape Constantin II (~710 – 769), à la mort de Saint Paul Ier, suscita une insurrection armée pour se faire élire pape de force par ses trois frères, des nobles toscans, le 26 juin 767. Sur la page Wikipédia anglophone concernant Constantin II, bien plus documentée, on lit que ces nobles

« Accompagné d’un groupe d’hommes armés, il a été escorté au palais du Latran, où ils ont tenté de forcer George, l’évêque de Préneste , à ordonner Constantin moine George se jeta aux pieds de Constantine, suppliant Constantin de ne pas lui faire faire cela. Cependant, Constantine et ses partisans ont clairement indiqué qu’il y serait contraint, d’une manière ou d’une autre. [4]George a donc effectué la cérémonie, ordonnant Constantin comme moine. Le lendemain, 29 juin, Mgr George fit de Constantine un sous – diacre suivi immédiatement de son élévation au rang de diacre . Cela contrevenait au droit canonique , qui exigeait un intervalle entre la remise des commandes majeures d’au moins un jour. »

D’autres évêques ont été forcés de consacrer Constantin II :

« Le peuple romain devait alors prêter serment de fidélité à Constantin, qui força à nouveau George de Préneste, avec les évêques Eustratius d’Albano et Cidonatus de Porto, à le consacrer comme évêque de Rome le 5 juillet 767. »

Constantin II a également écrit à Pépin le Bref, Roi des Francs, afin d’obtenir l’approbation de ses actes. Il lui écrira qu’il a été élu à la papauté contre son gré par le peuple de Rome et des villes alentour.

« L’un des premiers actes de Constantin fut de donner un avis au roi franc , Pépin le Bref, de son élection, pour obtenir l’approbation du roi de ses actions. La lettre de Constantin à Pépin déclarait que, contre son gré, il avait été élevé au Siège apostolique par «le peuple de Rome et des villes voisines», et qu’il espérait la continuation de l’amitié que Pépin avait témoignée à ses deux prédécesseurs, Paul I et Stephen II . Pepin a ignoré cette lettre ; Constantin en écrivit un autre, dans lequel il déclara que seules les actions du peuple l’avaient contraint à assumer la lourde charge. »

Il lui écrira même de ne pas prêter attention aux accusations qui concernent sa personne ainsi que les circonstances douteuses de son élection :

« Il a supplié Pépin de […] ne prêter aucune attention aux accusations calomnieuses concernant lui ou son élection. Pépin a refusé de répondre à l’une ou l’autre lettre. »

On apprend également d’une Encyclopédie pourquoi l’antipape a voulu écrire à Pépin le Bref :

« Il l’a fait parce que le contrôle militaire de Rome, et donc son emprise sur la papauté, était ténu: les Lombards avaient toujours les yeux rivés sur la ville et les responsables du Latran étaient hostiles à Constantin parce qu’il était un étranger. »

Il faut également savoir que les évêques des temps médiévaux étaient très liés à leur souverain, et la plupart se rangeait de son côté.

Au printemps 768, Christophe et Serge, accompagnés d’une puissante troupe et d’un prêtre lombard, parviennent à jeter Constantin II en prison au cours d’une bataille au cours de laquelle son frère Toto fût tué.

Enfin, le 6 août 968, il fût canoniquement déposé, et le pape Etienne III élu. Il fût ensuite jugé par le Synode de Latran en avril 769, composé de 12 évêques franques envoyés par Pépin le Bref, ainsi que par 39 évêques italiens, parmi lesquels on retrouve George d’Ostie, Eustratius d’Albano et Cidonatus de Porto.

Au vu des circonstances très tumultueuses de son élection, il est impossible que tous les évêques l’aient accepté comme Pape légitime : le refus de trois évêques italiens de consacrer Constantin II, ainsi que le refus de réponse de Pépin le Bref, lié au fait que les évêques à cette époque étaient très liés à leurs rois respectifs, en sont des indices considérables.

Christophore

L’antipape Christophore, aussi appelé Christophe, usurpa le Siège de Saint-Pierre de septembre 903 à janvier 904. Une première possibilité est que pape Léon V aurait été toujours en vie, alors il l’aurait fait emprisonner. Il aurait trouvé la mort en prison en décembre 903. Il serait donc impossible que Christophore eût été accepté par tous les évêques, et donc qu’il fût pape avant cette date.

Néanmoins, comme le note l’Encyclopédie catholique, il semblerait qu’il eût été reconnu pape ensuite, citant même le cas de saint Léon IX, qui reconnaissait la légitimité de Christophore dans un discours ne comportant pas les caractère de l’infaillibilité pontificale :

Pape Christophe

Certains soutiennent que Christophe, autrefois cardinal-prêtre du titre de Saint Damase, Romain et fils de Léon, était un antipape. Mais si sa manière de prendre possession de la papauté était totalement non canonique, il semble avoir été reconnu par la suite comme pape . On retrouve donc son nom dans tous les catalogues plus ou moins contemporains des papes (Liber Pontificalis, II, éd. Duchesne; Watterich, Pontificum Romanorum Vitae, I; et Origines de l’église romaine, I, par les membres de la communauté de Solesmes , Paris, 1836). Son portrait figure parmi les autres ressemblances des papes dans l’église Saint-Paul hors les murs, à Rome , et parmi les fresques de papes du Xe siècle peintes au XIIIe siècle sur les murs de l’ancienne église de San Pier-in-Grado, à l’extérieur de Pise . Il fut d’ailleurs reconnu comme pape par ses successeurs; car, en confirmant les privilèges de l’abbaye de Corbie en France , saint Léon IX mentionna les concessions précédentes de Benoît et de Christophe (Jaffe, Regesta RR. Pont., I, n. 4212).

Serge III, consacré évêque de Cerveteri par le pape Formose en 893, et opposé à Christophore, fut élu en 904. Puisque la légitimité de ce dernier ne semble pas avoir été acceptée par tous les évêques durant son pontificat, alors toute l’Eglise ne l’a jamais reconnu comme le pape légitime, et après 904, n’était plus en communion avec lui, mais avec le nouveau pape Serge III, dont les évêques exigeaient la communion.

Depuis le XXème siècle, il est communément considéré comme un antipape, et la liste des papes sur le site du Vatican, bien que non infaillible en soi, ne le reconnaît pas non plus. Néanmoins, certaines revues récentes le considèrent comme pape :

  • La Revue des Études Sud-Est Européennes, volume 5, n° 1-2, de l’Université de Californie, cité comme « pape » (p. 37)
  • L’Histoire de la littérature latine du Moyen Âge: De la fin de l’époque carolingienne au milieu du XIe siècle, par Franz Brunhölzl et Jean-Paul Bouhot de l’Université d’Indiana, classé comme « pape » (p. 677)

Bien que de nombreuses encyclopédies le considèrent comme Pape légitime, d’autres le considèrent comme antipape, et ce, bien avant le XXème siècle (rechercher son nom dans la barre de recherche « Rechercher dans le livre » pour les documents où la page n’est pas donnée) :

  • Le Précis de l’histoire du moyen âge, volume 1, par Théodore Juste, ed. Ajamar (1847), classé comme antipape (rechercher « Christophe ») ;
  • L’Encyclopédie moderne, volume 17, par M. Courtin, ed. Th. Lejeune (1824), classé comme antipape (p. 373) ;
  • Le Nouveau dictionnaire historique, volume 1, avec Approbation et Privilège du Roi (1772), classé en tant que pape « cru Antipape par plusieurs » (p. 118) ;
  • Les Principes de l’Histoire pour l’éducation de la jeunesse, volume 6, par M. l’Abbé Lenglet du Fresnoy, avec Approbation et Privilège du Roi (1739, réedité en 1752), classé comme antipape (rechercher « Christophe ») ;
  • La Saincte chronologie du monde, par Jacques d’Auzoles Lapetre, dédié à Mgr de Totras, avec Approbation des Docteurs et Privilège du Roi (1632), classé comme « Antipape, puis Pape » (rechercher « Christophore »)

On peut donc dire que la question n’est pas tranchée par l’Eglise, certains pensent qu’il fût Pape, et que Léon V eût été déposé, d’autres pensent qu’il fût Antipape, et d’autres encore pensent qu’il aurait pu être Antipape, puis Pape légitime (suite à la mort de Léon V) pendant un mois. Puisqu’après la mort de Christophore, on ne peut plus réellement savoir quel évêque le considérait comme pape ou non : nous n’en avons pas de preuves historiques, et cela pouvait être leur propre opinion personnelle qu’ils n’imposent pas à l’Eglise étant donné des circonstances extrêmement douteuses de son élection.

Le cas de Christophore n’a rien à voir avec un Pape unanimement accepté juste après son élection, comme par exemple Pie IX ou Pie XII, où leur légitimité était reconnue comme un fait dogmatique, et donc enseignée comme telle par le Pape et les évêques de manière définitive. Cela n’a non plus rien à voir avec le pape François, qui fût reconnu comme Pape légitime par tous les évêques légitimes et toute l’Eglise presque immédiatement après son élection, où ces évêques imposaient à leurs fidèles la reconnaissance du Pape pour être en communion avec eux, étant en communion avec le Pape François.

Objection : L’élection de Papes universellement acceptés ont été jugées nulles.

Réponse :

Cette objection n’a pas de rapport avec la doctrine de l’Acceptation Pacifique Universelle puisque ces papes ont été jugés par des synodes, et surtout influencés par les souverains de l’époque. Ces synodes n’ont pas pu être infaillibles, étant donné que, dans le cas du Pape Formose, lesdits synodes se sont contredits.

Boniface VI

Le pape Boniface VI (806 – 896), qui a été élu par une faction romaine et régné pendant seulement 15 jours, n’a pas pu être universellement accepté à cause de sa durée de règne très courte. Il est considéré comme pape selon la liste des Papes sur le site du Vatican, non infaillible en soi.

Certains disent qu’il serait mort de la maladie de la goutte, d’autres qu’il aurait été déposé par une faction adverse (cf. Encyclopédie catholique). En effet, il y avait deux camps politiques à cette époque : les Romains et les Spolétains. Cette division parmi le clergé prouve également que Boniface VI n’a pas été universellement accepté. Son élection a été jugée nulle en 898 par un synode non infaillible tenu par Jean IX, du parti des Spolétains.

Sa légitimité, n’étant guère importante, n’a pas été encore tranchée définitivement par l’Eglise.

Formose

De même, le pape Formose (816 – 896), dont a été prétendument jugée nulle par plusieurs de ses successeurs. Il est également considéré comme pape selon la liste des Papes sur le site du Vatican.

Premièrement, le Pape Etienne VI : sa page Wikipédia nous donne les raisons purement politiques de la tenue du tristement célèbre synode cadavérique :

« Le pape Formose, prédécesseur d’Étienne VI, donna la couronne d’empereur d’Occident à Arnulf de Carinthie alors qu’il avait juré son soutien à Lambert de Spolète, chacun représentant une famille et faction. Peu après l’empereur désigné et le pape Formose décédèrent. En janvier 897, le pape Étienne VI ordonne, poussé par les Spolète, l’exhumation du cadavre de Formose, qu’il met en accusation devant un synode d’évêques romains ; le cadavre est habillé du costume pontifical et installé sur le siège papal. Son successeur l’accuse de ne pas avoir été évêque de Rome. C’est ce que l’historiographie a appelé le « concile cadavérique ». »

Ce synode a causé une émeute populaire. La foule, en colère contre Etienne VI, l’étrangla : « Étienne meurt étranglé au cours d’une émeute populaire, à la suite du concile. Il n’a régné qu’un an et demi ».

Cinq mois plus tard, son successeur Théodore II décida de réhabiliter Formose (cf. Encyclopédie catholique) :

« En 897, le deuxième successeur d’Etienne fit ré-enterrer le corps, qu’un moine avait tiré du Tibre, avec tous les honneurs à Saint-Pierre.. Il a en outre annulé lors d’un synode les décisions de la cour d’Etienne VI et a déclaré valides toutes les ordonnances conférées par Formose. Jean IX a confirmé ces actes lors de deux synodes , dont le premier a eu lieu à Rome et l’autre à Ravenne (898). »

Cependant, Serge III, du parti d’Etienne VI, déclara à nouveau l’élection de Formose nulle. Sa décision fût très mal accueille par plusieurs évêques :

« Le pape Serge III a convoqué un synode qui a annulé toutes les ordinations de Formose et exigé que tous les évêques ordonnés par Formose soient réordonnés. Il a été allégué que Sergius avait réussi à obtenir le consentement du clergé romain au synode en les menaçant d’exil, de violence ou en recourant à la corruption. La décision d’exiger la réordination était très impopulaire, et ceux affectés à des vues éloignées de Rome ont non seulement ignoré les instructions du synode, mais ont écrit des lettres à la fois condamnant la révocation des ordinations et justifiant la validité des ordinations originales. La décision a par la suite été de nouveau annulée après sa mort. »

Après ces fâcheux événements, l’élection de Formose ne sera plus considérée comme illégitime par les futurs papes. Et puisqu’ayant été Pape, la légitimité de Formose est un fait dogmatique, il n’est pas permis de la nier sous prétexte qu’elle aurait été jugée nulle par ses successeurs, de manière nullement infaillible mais au contraire sous l’influence très importante de mauvais monarques et que ce jugement a été contesté par de nombreux évêques, sans pour autant qu’ils nient la légitimité d’Etienne VI et Serge III.

Objection : Des théologiens ont désobéi à Jean XXIII, il n’a donc pas bénéficié de l’Acceptation Pacifique Universelle.

Réponse : Les sédévacantistes prétendent que des théologiens désobéissants au Saint-Siège pourraient invalider l’Acceptation Pacifique et Universelle, sous prétexte que désobéir à un pape ne serait pas véritablement l’accepter comme légitime. Premièrement, comme nous l’avons vu plus tôt, si tous les évêques reconnaissent le pape du moment comme légitime, alors toute l’Eglise, comportant les théologiens, devant être soumis aux évêques, est nécessairement obligée d’adhérer à ce pape. Ensuite, cette prétendue « désobéissance » eût lieu des années après l’élection. Enfin, cette « désobéissance » consistait à reprendre et corriger le Pape dans ses discours, afin qu’ils soient plus clairs et plus explicites. Ce ne furent que des conseils adressés au Pape. En effet, le Pape n’agit pas seul, mais est conseillé par des cardinaux, des évêques et des docteurs, lors de la rédaction de longues encycliques, de discours ou autres documents pontificaux. Même une correction fraternelle ne constituerait pas un acte annulant l’Acceptation Pacifique Universelle, cet acte ne constituant pas un acte de désobéissance tant qu’elle a pour intention de conseiller le Pape et non pas de lui désobéir, étant donné qu’un pape n’étant pas toujours infaillible, notamment dans ses discours .

Néanmoins, cette doctrine catholique de l’Acceptation Pacifique Universelle est toujours assez précise (contrairement à ce qu’objectent certains) pour nous dire que la désobéissance de clercs, voire le schisme, plusieurs années après l’élection ne changent rien au caractère pacifique de l’acceptation, puisque l’acceptation porte sur la légitimité de l’élu en elle-même.

Objection : Des évêques ont désobéi, et même douté de la légitimité de Paul VI, il n’a donc pas bénéficié de l’Acceptation Pacifique et Universelle.

Premièrement, nous avons le témoignage du Père Francis Connell, datant de 1965, selon lequel Paul VI a bel et bien bénéficié de l’Acceptation Pacifique Universelle :

« Nous avons la certitude infaillible que l’actuel Souverain Pontife [Paul VI] a été incorporé dans l’Église par un baptême valide [condition] et a été valablement élu chef de l’Église universelle. […] Toute l’Église, enseignant et croyant, déclare et croit ce fait, et de là il s’ensuit que ce fait est infailliblement vrai. Nous l’acceptons avec une foi ecclésiastique – et non divine – fondée sur l’autorité de l’Église infaillible. »

Ainsi, absolument aucun évêque n’a douté de la légitimité de Jean XXIII et de Paul VI, au début de son élection, et nous avons également vu que l’Acceptation Pacifique et Universelle, une fois posée, ne saurait être annulée par le doute de certains évêques. En effet, étant donné que le Pape enseigne que sa propre légitimité est un fait dogmatique, et par le fait que tous les évêques acceptent cet enseignement comme étant de fide, et qu’il est impossible pour tous les évêques d’accepter un enseignement faux, la légitimité de ce pape est un fait dogmatique imposé à tous les fidèles et tous les évêques, et qui nie un tel fait n’est plus en communion avec l’Eglise catholique.

Ensuite, des théologiens ont certes noté que le fait que des pontifes (le Cardinal Billot prenant justement l’exemple Alexandre VI), ont été obéis par tous, ce qui démontre la légitimité de leur élection à la papauté, mais ils ne font pas de cette obéissance un critère nécessaire pour que l’acceptation ait en effet eu lieu. En effet, l’Acceptation Pacifique Universelle porte sur la proposition : « Paul VI a été canoniquement élu et détient l’Autorité suprême dans l’Eglise de Dieu », que tous les évêques n’auraient donc pas accepté comme étant de fide si cette proposition était fausse.

Il est d’ailleurs hérétique d’accepter une personne comme le Pape légitime tout en refusant de l’admettre comme règle de foi. Croire à la proposition : « Paul VI est Pape légitime », sans croire à la proposition « Paul VI détient l’Autorité suprême dans l’Eglise de Dieu », c’est en réalité être condamné par le Concile de Constance lui-même. Et cette doctrine infaillible de la nécessité de reconnaître non seulement la légitimité, mais aussi l’autorité du Pontife romain a été maintes fois rappelé par les papes précédents.

Dans la logique sédévacantiste, cet objection à l’Acceptation Pacifique et Universelle ne fonctionnerait pas. En effet, si un évêque avait accepté la légitimité d’un antipape hérétique, ainsi que la légitimité de ses enseignements hérétiques, mais lui aurait désobéi en matières mineures, alors cet évêque aurait tout de même accepté les hérésies enseignées par l’antipape, et se tromperait donc en matière de foi. De même, si un évêque avait accepté la légitimité d’un antipape hérétique, mais aurait rejeté les hérésies qu’il enseigne, alors cet évêque se tromperait là encore en matière de foi.

Ainsi, la seule manière de ne pas se tromper en matière de foi lorsque l’on a affaire à des enseignements hérétiques serait de refuser sa légitimité de l’antipape qui les promulgue.

De toute façon, tous les évêques « traditionnalistes » exploités par les sédévacantistes, parfois fort injustement (le Cardinal Ottaviani, Mgr Lefebvre, Mgr de Castro-Mayer, Mgr Kurz, Mgr Pintonello et le Cardinal Siri, etc.) ont tous unanimement accepté les papes saints Jean XXIII et Paul VI, et même signé les documents promulgués par le concile Vatican II, et ont continué à les reconnaître comme Papes des années après (cf. cet article le prouvant en détail). Qu’ils aient par la suite tenu des propos allant à l’encontre du Concile et même du Pape, cela n’a pas d’importance, puisque Mgr Lefebvre et Mgr de Castro-Mayer pensaient à tort que le Concile Vatican II pouvait contenir des erreurs à cause de son caractère soi-disant « pastoral », et acceptaient les nouvelles réformes comme valides, et le Missel de Jean XXIII comme légitime, ce qui n’est pas la doctrine sédévacantiste.

En ce qui concerne ses doutes de la légitimité de Paul VI, Mgr Lefebvre ne les exprimera publiquement qu’en 1976, soit 10 ans après la fin du Concile Vatican II, doutes qui se sont atténués l’année suivante. En 1980, il reconnaissait le pape Jean-Paul II, et ne reconnaissait pas le sédévacantisme comme une solution possible. Il était disposé à accepter le Concile Vatican II à la lumière de la Tradition, et écrivit au pape qu’il n’avait aucun doute sur la légitimité de son élection (cf. 30 jours, année II, n°7, juillet 1988, p.16).

Il est par ailleurs inutile de tenter de deviner l’état d’esprit des évêques au moment de signer les documents du Concile, ou lorsqu’ils affirmaient publiquement que Paul VI avait l’autorité pontificale, ou que le sédévacantisme n’était pas une solution possible, etc. puisque ce qui importe est ce qu’ils ont dit ou fait, non pas ce qu’ils ont pensé au moment de le dire ou de le faire.

En effet, dire une hérésie pour chercher un avantage par exemple, ou au cours de doutes (comme prétendu pour Mgr Lefebvre avant 1976, ou en 1979, etc.), comme si ces évêques doutaient de ce qu’ils ont dit, n’enlève en rien le fait qu’il s’agisse d’une hérésie ; le fait de dire qu’un évêque a signé tel texte de Vatican II sous prétexte qu’il aurait été manipulé n’enlève en rien le fait qu’il l’a en effet signé et contribué à promulguer une soi-disant « hérésie » à toute l’Eglise.

De même, citer tout ce qu’a pu dire ou faire Mgr Lefebvre à l’encontre de Vatican II n’enlève pas non plus le fait qu’il ait signé les documents conciliaires (dans une lettre privée, il a notamment admis que Sacrosanctum Concilium ne contenait pas d’hérésie (contrairement à ce qu’affirment les sédévacantistes), et qu’il l’a signée lors du Concile), qu’il ait reconnu la légitimité de Paul VI ainsi que celle de Jean-Paul II, qu’il ait clairement et explicitement exprimé son désir d’être uni au Pape, etc.

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